Communiqué d’Amouddou: lettre ouverte au ministre de la communication

 

 Dans le cadre de son nouveau cahier des charges, la RTM exclue le magnifique documentaire Amouddou de sa grille des programmes. cette nouvelle a provoqué beaucoup de sentiments négatifs chez tous les téléspectateurs et fans du documentaire, et il y-a de quoi. Dans un paysage audiovisuelle pauvre et fort contestable, le documentaire en question est une production qui fait partie des rares exceptions qui font la fierté de tout les Marocains. si Amouddou disparaît du jour au lendemain de nos écrans ce sera la perte de l’un des derniers programmes de qualité qui font honneur à la télévision et à la création audiovisuelle marocaine en général. 

 Nous publions ci dessous une traduction de la lettre ouverte de Lahoucine Faouzi, producteur d’Amouddou, à l’intention de Monsieur le ministre de la communication:                                                                                                                  

 »                                                                                                                     Agadir le 13 Aout 2013

Au nom de Dieu clément et miséricordieux

A Monsieur le ministre de la communication

Lettre informative à propos des perspectives d’avenir du documentaire « Amouddou » dans le cadre du nouvel appel d’offre.

Notre rêve a commencé tout petit, un jour de l’an 2001 au Maroc. Il fut appelé « Amouddou » ce qui veut dire « voyage » en langue Amazigh. Nous y avons mis beaucoup d’espoirs. Tout d’abord l’espoir de faire connaitre les régions Marocaines inconnues et difficiles d’accès, pour ce faire nous sommes allés jusqu’à sonder les abysses des plus profondes grottes du royaume, où nous avons pu faire un nombre important de découvertes, nous en citerons les trouvailles de mâchoires d’ours des cavernes, ainsi que celle de crane de léopard, qui se sont ajoutés aux collections du patrimoine antique Marocain.
Nous sommes allés en exploration aux confins du désert, que nous avons sillonné dans tout les sens, jusqu’à connaitre et nous faire connaitre de tout grain de sable qui s’y trouve. Nous avons parfois risqués jusqu’à nos propres vies pour filmer dans des zones truffées de mines. Le résultat est que nous sommes parvenu à filmer des paysages et endroits que nos téléspectateurs n’auraient sans doute jamais pu découvrir sans nos efforts, nous citerons les tombeaux antiques de « Bouleriah » dans la région d’Aousserd, sans oublier bon nombres de gravures rupestres que nous étions les premiers à répertorier et à déclarer.
Suite à cela, notre rêve a vite grandit. Nous avons vu dans le Sahara une terre vierge prometteuse de découvertes en tout genres. Une terre qui n’a pas eu jusqu’à lors la part d’intérêt médiatique qu’elle méritait. Alors nous lui avons dédié pas moins de 30 épisodes de notre documentaire. Nous avons couvert tout ses aspects et composantes : sa faune, sa flore, son histoire…
Dans une question posée au parlement Marocain à propos de la part médiatique dédiée au Sahara marocain, l’ancien ministre de la communication Mr Nabil Ben Abdelah avait répondu que le documentaire «Amouddou » avait consacré la majorité de ses épisodes à ce sujet. Sans l’existence de notre travail en référence, la réponse aurait certainement laissé à désirer.
D’une autre part, c’est grâce au premier épisode dédié à la région de « Tagmaout » dans la province de Tata que la Télévision Marocaine a pu obtenir son tout premier prix d’or lors du festival du Caire. Ce ne fut pas le derniers d’ailleurs, puisque depuis 2002 « Amouddou » n’a pas cessé de recevoir des prix qui pour la plupart atterrissaient dans les caisses de la RTM.
Depuis, une décennie est passée : 100 épisodes sur 10 ans, un record en soit qui est peut être passé inaperçu de tous, sauf peut être des chercheurs et des passionnés, qui ont trouvés dans notre documentaire une référence historique et géographique précieuse. Certains étudiants sont même allés jusqu’à faire de l’expérience « Amoudddou » un sujet de fin d’étude : un model de contribution médiatique dans la promotion et la valorisation du patrimoine.
Notre rêve lui, n’a pas arrêté de grandir et de se dépasser. Nous sommes allés jusqu’à faire des épisodes à l’étranger : en Islande pendant la période du réveil volcanique. 
Nous avons le plus souvent travaillé dans des conditions très difficiles…et nous ne parlerons pas ici de tous les problèmes rencontrés liés aux difficultés d’accès aux sites, de conditions météo ou encore de conditions liées au facteur humain.
Aljazeera la chaine Qatari avait de son coté prévu de travailler sur un projet de documentaire du même genre que « Amouddou » qu’elle avait voulu exclusif. C’est dans cette perspective que cette chaine avait en 2004 fait des offres attractives dans un cadre qui aurait couvert le continent africain en entier, la condition était qu’Amouddou ne soit plus produit pour la RTM. Nous avions à l’époque refusé catégoriquement, préférant faire bénéficier notre pays du fruit de notre labeur.
Notre espoir à toujours été lié à l’objectif de contribuer à faire évoluer la scène médiatique nationale et de travailler à la mettre à pied d’égalité avec les nations les plus évoluées en matière du film documentaire.
Depuis l’apparition du nouveau cahier des charges, nous sommes dans une situation de forte préoccupation et d’inquiétude. Dans la crainte de voir se perdre tout nos efforts et labeur car notre documentaire n’a plus sa place dans ce nouveau cahier des charges. Sous prétexte d’égalités des chances nous constatons qu’un documentaire, qui a atteint succès et reconnaissance dés son premier épisode, fort d’une expérience de plus de 13 ans se voit tout simplement écarté.
Nous avons investis énormément dans l’acquisition de matériel sophistiqués adaptés à notre mission. Nous ne citerons que les exemples de caméras « Phantom », de dispositifs nocturnes à infra rouge, ou encore de caméras pour les prises de vue aérienne ou sous marines… des acquis qui risquent tout simplement de se retrouver à la vente aux enchères afin de couvrir les futurs impayés de nos crédits bancaires.
La télévision dans ses nouveaux critères de sélections de projets privilégie les petits budgets à la qualité. Nous ne pourrons en aucune façon revoir à la baisse notre barre d’exigence et de qualité que nous nous somme fixés, car il nous est tout simplement impossible et inenvisageable de régresser pour nous conformer au niveau des projets à petit budgets.
Nous sommes profondément désolés. L’histoire retiendra et consignera qu’un travail de qualité –en témoigne les téléspectateurs, et vous-mêmes – sera sacrifié et condamné pendant votre mandat.

Signé : Lahoucine Faouzi »

Notes d’Ecologie.ma:

Le texte de la lettre ouverte ci dessus a été traduit par nos soins. le texte original est en langue arabe.

Si vous ne connaissez pas Amouddou , faites vous une idée en regardant l’un de ses épisodes:

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A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du BMAC (Barbary Macaque Awarness and Conservation), il est également fondateur de "la tribu des écolos".
  • Si cela se confirme, c'est plus que triste – c'est scandaleux- pour le Maroc en tant que pays et pour les Marocains en tant que spectateurs qui bénéficiaient là d'une émission d'une grande qualité qui, selon leurs propres mots maintes fois entendus, était leur "émission préférée!" à la télévision marocaine. J'ai été témoin de nombreuses fois au passage du 4X4 puis du camion d'Amouddou de manifestations de soutien à l'équipe et à son producteur qui scandaient « Amouddou »,« Amouddou »,« Amouddou »…

  • Dommage. Oussama, Aljazeera avec Z.

  • merci je rectifie.

  • La décision de la RTM d'exclure le magnifique documentaire « AMOUDDOU » de sa grille des programmes est une catastrophe à scandaliser, car cette décision incompréhensible à l’aube du 21ème siècle, siècle de la double globalisation, médiatique et de la crise écologique planétaire : les changements climatiques….
    Cette décision est à Réviser, car elle est anticonstitutionnelle et va à l’encontre des engagements de l'Etat Marocain, et contre les bonnes volontés de créativité et ce pour les arguments suivants :
    1.Comment concevoir qu’à l’heure de l’application des textes de la Nouvelle Réforme Constitutionnelle, la RTM boude sa responsabilité de participer ne serait-ce que via la sensibilisation médiatique à l’application de l'article 31 de la nouvelle réforme formulant explicitement la responsabilité de l'état marocain à garantir l'environnement sain et le développement durable pour les citoyens.
    2.Cette décision de la RTM va à l’encontre des directives royales de Sa Majesté Mohamed VI et les engagements de l'Etat Marocain à réussir le Maroc Durable à l’horizon de 2020, vu que « l’image est le chewing gum des yeux » la RTM pourrait participer durablement au levier commun de l’éveil écologique des marocains, voire des futures générations qui seront des décideurs pour ne pas répéter les erreurs de leurs prédécesseurs.
    3.Cette décision va à l’encontre des choix du peuple marocain, des institutions scientifiques, du tissu associatif surtout l’engagé dans la voie environnementale, et des écologues et des écologistes même les néophytes, car "Ammouddou" est leur documentaire favori .
    4.La RTM devra avoir à la tête que le temps du peuple béni-oui-oui est révolu, et qu’elle devrait organiser un grand débat national autour du programme télévisé pour qu’il y est un feed back harmonieux entre La RTM et son public
    5.Logiquement les choix du large public marocain voire du peuple marocain devraient être pris en considération car c’est grâce au contribuable que la RTM fonctionne.
    En représentant le Maroc lors du 6ème Colloque International de La Cigogne Noire à Chalons-en Champagne du 21 au 23 sep 2012, nous avons invité l'assistance scientifique mondiale à se réunir à Saïdia-Méditerranéa (Berkane), au Maroc du 10 au 12 avril 2014 pour "Le Premier Colloque Africain des Cigognes", une première continentale, à laquelle nous croyons à la participation de la RTM via son programme AMOUDDOU.