Afrique: un programme UICN pour la coexistence entre l’Homme et les carnivores

 

Protéger les lions, les guépards et d’autres espèces emblématiques de l’Afrique en aidant les communautés locales à coexister avec ces prédateurs est l’objectif d’un nouveau programme de 12 millions d’euros financé par la Commission européenne et géré par l’initiative SOS — Sauvons nos espèces de l’UICN.

 

Ce programme vise principalement à stopper le déclin des lions, des léopards, des guépards, des chiens sauvages et des loups éthiopiens qui sont tous de plus en plus menacés par le braconnage, la fragmentation de l’habitat et l’intrusion des humains sur les habitats sauvages. Grâce à un financement provenant de l’initiative B4Life de la Commission européenne, le projet SOS Faune africaine permettra un travail coordonné de conservation dans l’ensemble des habitats naturels des espèces. Un appel à propositions de projet est à présent ouvert pour les organisations de la société civile.

« Nous sommes extrêmement reconnaissants du soutien accordé par la Commission européenne » déclare à ce sujet Jean-Christophe Vié, directeur adjoint du programme de l’UICN pour les espèces et directeur de SOS — Sauvons nos espèces.

« Ce nouveau programme est une étape importante du parcours visant à aider les populations à renforcer leur résilience et à créer de la richesse en chérissant un héritage naturel unique. Il nous aidera à protéger les grands prédateurs africains en voie de disparition rapide ainsi que leurs principales espèces-proies et leurs vastes écosystèmes tout en soutenant les modes de subsistance des populations humaines. »

Malgré la réussite d’actions de conservation menées en Afrique australe, le lion (Panthera leo) reste répertorié comme mondialement Vulnérable dans la Liste rouge des espèces menacées™ établie par l’UICN, en raison des déclins constatés dans d’autres régions du continent africain. Une étude récente a révélé qu’il ne restait que 7 100 guépards (Acinonyx jubatus) à l’état sauvage. Parallèlement, seuls 500 loups d’Abyssinie (Canis simensis) menacés d’extinction survivent, confinés dans les massifs isolés des hautes terres de l’Éthiopie. Les léopards sont également en déclin dans la plus grande partie de leur aire de répartition.

Le nouveau programme permettra une action coordonnée de conservation grâce au financement d’un ensemble de projets de conservation entrepris par les organisations de la société civile dans l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne. Il cherchera à résoudre les conflits entre les humains et la faune — qui sont à l’origine d’une grande partie du déclin — en développant de nouveaux moyens de subsistance pour les communautés locales. Il contribuera également à assurer la survie à long terme des plus petits carnivores et espèces-proies, telles que les diverses espèces d’antilopes, en donnant des moyens d’action aux organisations de la société civile qui travailleront avec les autorités concernées et feront participer activement les communautés locales à la recherche de solutions visant à empêcher leur extinction.

Parmi les résultats concrets escomptés figurent l’augmentation des populations des espèces ciblées par chaque projet, celle des superficies d’habitat indispensable, ainsi que la réduction des menaces et conflits directs.

Urs Breitenmoser, coprésident du Groupe de spécialistes des félidés de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN, déclare pour sa part :

« La conservation des lions, des léopards et des guépards aidera à préserver d’autres espèces. Entretemps, il nous faudra nous pencher sur un large éventail de menaces et de conflits, et obtenir la participation active de larges parts de la société de différentes manières en fonction des espèces en question. »

Le programme SOS Faune africaine soutiendra les actions de lutte contre le braconnage qui se conforment aux objectifs du Plan d’action de l’Union européenne contre le trafic d’espèces sauvages. Dans ce but, il sera fait en sorte que les projets plus modestes financés par l’intermédiaire de SOS soient complémentaires des projets plus importants qui seront directement soutenus par la Commission européenne pour mettre en œuvre son approche stratégique de la conservation de la faune en Afrique présentée dans le rapport intitulé « Au-delà des éléphants ».

Claudio Sillero-Zubiri, président du Groupe de spécialistes des canidés de la CSE de l’UICN, déclare quant à lui : « Sur le toit de l’Afrique, quelques centaines de loups d’Abyssinie — l’espèce de carnivore la plus rare et la plus menacée de l’Afrique — survivent contre toute attente dans de minuscules enclaves montagneuses. En revanche, les lycaons nécessitent de vastes superficies dans toute l’Afrique subsaharienne pour tenter de survivre.

« La destinée de ces carnivores emblématiques dépend inévitablement de la diminution des populations des espèces dont ils se nourissent, de l’avancée de la frontière agricole et de notre capacité à les protéger des conflits qui en résultent. SOS Faune africain offre une remarquable possibilité d’autonomiser et de soutenir les organisations et les personnes qui, dans toute l’Afrique, se consacrent à la protection de ces carnivores menacés et des habitats qu’ils représentent. »

Le nouveau programme s’inspire de l’expérience et des résultats de la première phase quinquennale de l’initiative SOS de l’UICN, dans le cadre de laquelle plus de 100 subventions ont été accordées depuis 2010 en soutien à la conservation de 250 espèces menacées à travers le monde. Il complète également le Programme intégré de conservation de l’habitat du tigre de l’UICN financé par le gouvernement allemand et initié en 2014, ainsi que le programme récemment annoncé dédié aux lémuriens (SOS Lemurs). Durant ces cinq premières années d’actions de conservation dans le cadre de SOS, d’importants résultats ont été obtenus dans la protection de nombreuses espèces menacées.

Roberto Ridolfi, directeur pour la croissance et le développement durables à la direction générale de la coopération internationale et du développement de la Commission européenne, déclare de son côté : « Il est reconnu que les grands carnivores ont un rôle et une importance essentiels pour la protection des équilibres fragiles d’écosystèmes entiers. Pourtant, les pressions croissantes qui s’exercent sur les ressources en terres et en eaux aboutissent à des conflits entre l’homme et les animaux, puis à la dégradation irréversible de territoires entiers. L’implication des communautés locales en tant qu’acteurs en première ligne de la conservation des espèces carnivores menacées est d’une importance cruciale et s’est avérée une clé du succès longtemps sous-estimée lorsqu’il est question de développement durable et d’efficacité. »

« La Commission européenne est fière de soutenir l’initiative SOS — Sauvons nos espèces, car elle s’inscrit dans le droit fil de l’approche stratégique de l’initiative phare de l’Union européenne « Biodiversité pour la vie » (B4Life) qui fait converger la cohérence, la coordination et les partenariats intersectoriels pour relever les défis liés à la protection de la biodiversité et au développement de moyens de subsistance durables. »

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".