Connaître le patrimoine naturel : «l’ignorant» n’est pas celui que l’on croit

 

Parmi les catalyseurs de l’érosion de la biodiversité et de la destruction des écosystèmes du royaume, il y a l’ignorance et la méconnaissance de ces patrimoines. On ne peut protéger ce dont on ignore l’existence. Dans cette équation, « l’ignorant » n’est pas toujours celui que l’on croit. Pour une fois, l’analphabétisme dont souffre une part de la population marocaine n’est pas systématiquement à blâmer. Les profils de citoyens marocains qui n’ont aucune idée de la Nature de leur pays sont souvent assez pointus.

 

Dans le Maroc qui s’étend au-delà des paysages bordant ses routes, les gens vivent souvent dans des conditions difficiles. Isolement et manque d’infrastructures riment souvent avec vie rude et manque d’alphabétisation. Pour survivre, il est impératif de bien connaître son environnement. Les risques liés à la météo, les spécificités des saisons, la faune, la flore sont autant de « connaissances » à maîtriser quand on est loin de tout. Ça explique ce « savoir » précieux que naturalistes et scientifiques cherchent chez les ruraux, qu’ils soient analphabètes ou pas.

Ce savoir se transmet de parents aux enfants car il est nécessaire à leur propre survie. On apprendra par exemple aux enfants à connaître les espèces venimeuses pour les éviter, comme une grand-mère apprendra à sa fille les utilisations des plantes, les endroits et les moments de les cueillir… Les garçons plus téméraires, iront jouer aux naturalistes (parfois aux chasseurs) tant que le terrain de jeu immense s’y prête à merveille.

En ville c’est une autre histoire. À part certains spécialistes et initiés, très peu de gens savent ce que leur pays héberge comme merveilles. À cause d’un cursus scolaire et d’un paysage médiatique qui ne voient pas (ou peu) la priorité de faire découvrir le patrimoine naturel marocain, nos citoyens et enfants savent tout, sauf le plus important : ce qui rend unique la Nature de leur pays.

Vers un nouveau cap ?

Actuellement, le Maroc gagne de plus en plus la réputation mondiale de pays leader en matière « d’environnement ». Beaucoup d’efforts ont été engagés dans la politique nationale essentiellement grâce à la volonté de SM le Roi pour positionner le Maroc dans une vision durable qui préserve les patrimoines et qui engage à tout faire pour gagner, entre autres et à long terme, le défi du changement climatique. Il serait judicieux de dire ici que « l’environnement » sujet vaste qui imbrique un grand nombre de segments différents présente une multitude de chantiers qui demandent une volonté politique certes mais qui demande également l’implication de tous.

Force est de constater qu’autant l’environnement était le parrain pauvre des médias et de la société civile il y a quelques mois encore, autant c’est devenu aujourd’hui « une tendance » -que nous espérons durable-. De plus en plus de personnes, notamment chez les jeunes accordent une place toujours grandissante aux sujets environnementaux. Face à ce foisonnement positif, persistent cependant des retards que nous gagnerions à rattraper, et des oublis auxquels nous devrions remédier. Si les énergies propres, la gestion des déchets, la permaculture, le recyclage, l’économie verte (etc…) se voient renforcer régulièrement par des initiatives et projets étatiques et/ou de la société civile, l’effort qui consiste à encourager recherche scientifique et vulgarisation à destination du plus grand nombre tarde à prendre l’ampleur minimale qui doit être la sienne.

Connaître, aimer, protéger

Vivement une synergie entre le rural et le citadin, motivée par la préservation du patrimoine naturel. Le rural dans sa proximité avec la Nature est bien placé pour jouer un rôle prépondérant et direct. Le citadin avec ses savoir-faire, ses possibilités d’agir et de mobiliser est aussi bien placé pour jouer pleinement sa part en concert avec son concitoyen rural. Encore faut-il commencer, pour cela il est incontournable de donner au rural les moyens de survivre sans « décapitaliser les actifs écologiques » comme il est urgent de « réveiller » le citadin et de le ré initier au plaisir de connaître et de se reconnecter avec la nature sans forcément le faire à travers le viseur de son fusil.

À cet effet, la promotion du documentaire animalier, et de l’éveil scolaire au patrimoine naturel sont deux outils majeurs qu’il faut promouvoir et auxquels il faut avoir recours. Quand on peut excuser un enfant pour ce qu’il ne sait pas encore, c’est toujours triste de rencontrer des personnes adultes instruites voire sur-diplômées qui sont incapables de citer ou de reconnaître ne serait ce qu’une poignée d’espèces nationales ou régionales, alors qu’ils peuvent facilement identifier des dizaines de logos de multinationales…

Pour préserver la Nature et la Biodiversité, le citadin pourrait descendre un peu de son piédestal chimérique et prendre plus conscience de ses propres ignorances. Il pourrait peut être alors mieux voir son concitoyen rural dans ce qu’il est et dans ce qu’il vit.

Les deux gagneraient à échanger et à apprendre l’un de l’autre, pour travailler ensemble afin de préserver le capital le plus riche mais aussi le plus menacé que nous avons: notre habitat naturel.

(vidéo COP22, utilisée pour les besoins d’illustration)

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".
  • Il existe un mot qui s appelle humble , bravo mr qui sait tout et rien?

    • je confirme. je ne sais rien et j’ai en plus la grosse tête. Ne l’ai je pas dis? je suis citadin. O.A