Espèce à part entière ou pas ?

Parfois, trop souvent, je me dois d’alerter l’administration compétente (oxymore) à propos d’une espèce de papillon gravement menacée et qui n’existe que dans une seule station, une seule localité, un seul habitat qui peut être de surface très modeste, l’extrême de localisation ultime pouvant être inférieure à un hectare, viabilité totale dès l’instant que le papillon dispose de la plante nourricière de sa larve. C’est ce qu’on appelle un endémique, un indigène et on nomme sténoèce une telle espèce à la fois écologiquement exigeante et, par la force des choses, donc étroitement localisée et « qui tourne en rond ». Les Invertébrés ne connaissent pas l’étiolement génétique dont peuvent être victimes les grands animaux.

La réponse de l’entité de tutelle sollicitée est le plus souvent : « mais c’est une bien petite bestiole qui vit dans une niche bien trop exigüe pour être prise en considération.

Première remarque : les Mammifères les plus énormes et emblématiques sont éteints ou en déclin, AUSSI !

Seconde remarque : une espèce est une espèce. Je ne démarche pas pour une sous-espèce ou une race locale de la bestiole, mais pour l’espèce à part entière, qui n’existera plus nulle part ailleurs si le dernier isolat est saccagé. Aucune espèce ne doit disparaître par la faute de la pression humaine, est-il édicté dans plus d’une charte ou convention internationale.

Parlons du petit papillon ici figuré : Maurus vogelii, décrit par Oberthür en 1920, dit l’Azuré du Bec-de-grue. Cela veut dire qu’avant 1920, la science ne le connaissait pas. Lui et sa plante-hôte (un petit Géraniun rupicole) n’existe plus que sur un demi-hectare, dans le Monde, et ce demi-hectare se situe dans un Atlas marocain.

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Mettons un peu à plat notre satané anthropocentrisme et tout son carnaval de morale ravageuse et égoïste. Et comparons, relativisons avec Homo sapiens, décrit par Linné en 1758, dit l’Humain, mais qu’on connaissait depuis longtemps… Peut-être, d’ailleurs et sous toutes latitudes, recevait-il déjà le pseudo de « tête de con » !

Au sein des 7 milliards de sapiens invasifs, qui s’octroient l’entièreté de la planète et défoncent allègrement la biosphère dont ils dépendent (« têtes de cons »), on trouve des isolats, des indigénats, des dèmes de populations tels le Luxembourg (peuplé de 563.000 Luxembourgeois sur 2586 km2), ou l’Andorre (peuplé de 76.000 Andorrans sur 468 km2), ou encore, plus pathétique, Monaco (peuplé de 36.000 Monégasques sur 2 km2 !!)

Si demain les Luxembourgeois les Andorrans ou les Monégasques, lesquels ne sont rien d’autre que des Homo sapiens comme les autres, étaient menacés de disparition, imaginons la prise de conscience de l’humanité. (Pour les Libyens ou les Syriens, c’est moins grave…!!). Pourtant, 7 milliards diminués des Luxembourgeois, des Andorrans et des Monégasques, PEANUTS, ce serait vraiment UN DÉTAIL.

Parce que Maurus vogelii, ou des milliers d’autres petites espèces sont discrètes, inoffensives et non organisées pour défendre leur territoire, doivent-elles compter pour du beurre ?

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A propos Michel Tarrier

Electron libre de l’entomologie française, « cueilleur-chasseur » d’insectes « renouvelables » depuis ma plus tendre enfance, j'ai consacré l’essentiel de ma vie à ma passion et possède à mon actif la découverte de nombreux Coléoptères et Lépidoptères. Eco-entomologiste spécialiste de la Méditerranée occidentale, particulièrement motivé par la conservation des habitats, c'est en 1992 que je me tourne vers le Maroc, terre de contact, montagneuse, méditerranéenne à influences océanique et saharienne, véritable interface entre les faunes paléarctique et africaine, pays le plus favorisé du biome méditerranéen. En collaboration, d'abord et brièvement avec l’Institut Scientifique de Rabat (Université Mohammed V), puis maintenant et durablement avec le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification, j'explore durant plus de vingt années tous les écosystèmes marocains, ayant déjà consacré plus de trois mille jours aux observations de terrain, avec un million de kilomètres de routes et de pistes parcourues, des milliers de photos, la publication d’innombrables articles scientifiques sur les Lépidoptères de ce pays, ainsi que la gestion d'une banque de données et d'une cartographie complète des Lépidoptères de jour, riche de quelques huit mille références vérifiées et actualisées.

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