Jemaa lefna : une place dangereuse ? (édito)

A Jemaa Lefna, après le décès d’un (autre) « charmeur » de serpent le 8 juin dernier par morsure de son cobra, voila qu’une touriste se fait blesser par un macaque de barbarie. N’est-il pas plus que temps de mettre de côté des pratiques d’un autre âge qui ne bénéficient plus ni à l’image du royaume ni à la préservation de sa biodiversité ?

 

 Patrimoine culturel ou exploitation animale éhontée ? A jemaa lefna, place classée patrimoine oral de l’humanité par l’UNESCO, l’exploitation animale pour des fins «touristiques» est malheureusement une réalité normalisée et encore largement tolérée.

A une période où d’autre pays ont interdit ce genre de pratiques d’un autre âge, au Maroc, et plus spécifiquement à Jemaa Lefna, les singes et les reptiles –pour ne citer que ceux là- continuent à être exposés et exploités sous couvert de tourisme voire de culture, dans des conditions souvent déplorables.

Des pratiques dangereuses

Au-delà des seuls aspects liés à la protection animale à l’éthique et à la préservation des espèces menacées, ces pratiques sont parfois (souvent) risquées pour les touristes et visiteurs de la place.

A plusieurs reprises, des cas de morsures de serpents y ont été signalés et parfois ont conduit à des décès. Cette fois, c’est un cas d’attaque par un macaque d’une touriste coréenne qui a été rapporté par le journal Al Massae, dans son édition du jeudi 22 juin. La touriste blessée par l’animal, et a dû être hospitalisé dans une clinique privée.

Des efforts louables des autorités

La division de protection de la Nature affiliée au HCEFLCD s’est penché et se penche encore à solutionner ces pratiques. Lors de la journée mondiale de la biodiversité, nous avions posé une question relative à ce sujet à M. Zouhair Amhaouch de la division de protection de la Nature. Sa réponse fait état d’efforts palpables et considérables pour conduire une phase transitoire afin d’encadrer ces pratiques avec le souci de garder une traçabilité concernant les animaux tout en garantissant des conditions de détention qui respectent leur bien-être. Les efforts louables de la division de protection de la Nature devraient à termes mettre fin à ces pratiques d’un autre âge, sauf qu’il faut passer avant cela par une certaine phase de transition.

Entre social, légal, et durable

La loi 29-05 -relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvages et au contrôle de leur commerce- qui est effective depuis que les décrets d’application ont été publiés dans le bulletin officiel du royaume est à ce jour en contradiction avec ces pratiques. Tous les animaux présents sur la place ne sont pas « fourni » légalement et ne bénéficient pas d’un suivi sanitaire intégral et adéquat. Mais au-delà de cet aspect légal qui pourrait être solutionné par la phase transitoire de réglementation et de suivi que mènent le HCEFLCD, l’aspect social lié à une future interdiction est aussi un angle à tenir en considération… Certaines familles vivent de ce genre d’activités et les encadrer et/ou leur trouver des activités alternatives est aussi une partie non négligeable d’une éventuelle solution.

Quelle image pour le Maroc ?

Il y a quelques mois, nous avions fait un mini sondage pour savoir comment sont perçues ces activités « culturelles ». Les résultats que nous avions obtenu ont révélé que beaucoup de citoyens ne voyaient plus d’un bon œil ces pratiques, au moins, dans les conditions actuelles dans lesquelles elles avaient lieu. D’autres touristes nous avaient attesté, et nous attestent encore régulièrement de l’image négative du Maroc qu’ils acquièrent quand ils découvrent ces singes chétifs et malmenés, obligés –chaines au cou- de faire des pirouettes sous le soleil ardent de Marrakech. Sans oublier ces majestueux cobras –aux crocs souvent arrachés- obligés de se dresser mille fois par jour à coup de sollicitations pour « une meilleure photo » jusqu’à mourir de stress et/ou d’hémorragies. Après ça, pas la peine d’être surpris de constater des cas de morsures et d’agression par des animaux poussé à bout voire complètement aliénés.

N’y a-t-il pas urgence ?

Dans notre pays un bon serpent est un serpent mort, et quand il l’est, il se fait recycler par l’herboriste du coin (à quelles fins ?) pour que le remplace un autre, fourni par le braconnier de la providence, celui qui « nettoie » la nature de ses « méchants » Henchs et autres Bousekkas.

Mais ne cédons pas au pessimisme voire au désespoir. La division de protection de la Nature, fait un travail remarquable qui doit être salué et encouragé. Force cependant de constater que le choix de tourner la page d’une « pratique culturelle » qui n’a plus lieu d’être, devrait être appuyé par encore plus d’intervenants et de décideurs et -pourrait être formidablement- impulsé par une vraie décision politique (sensée). Faudrait-il attendre de voir d’autres touristes se blesser et d’autres charmeurs mourir pour la prendre ?

Faudrait-il attendre qu’il n’y ait plus de singes qui grimpent dans nos cèdres ni de reptiles qui rampent sur nos terres pour que les gens qui vivent de « ça » se résignent à passer à autre chose ? Vivement que la réponse soit un non, car un patrimoine (futile) qui nuit à un autre patrimoine (utile), n’a tout simplement plus lieu de perdurer.

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".

2 commentaires

  1. Christian Philippe LE Bail

    Macaque et Cobra c’est tout ?

    En effet, un bien drôle patrimoine culturel oral de l’Humanité made in UNESCO quand une humanité se réunit en COP par milliers mais qui pourtant à Marrakech pendant plusieurs semaines, n’a évidemment rien vu de ce qu’elle dit défendre ? Normal, n’est-ce orale et visuelle singerie mondialisée? Patrimoine de cacahuètes pour singes citoyens seulement? Jemaa El Fna trop populiste pour figurer dans des dossiers internationaux bien ficelés bien plus rémunérateurs par ailleurs, pour technocrates, lobbies et intérêts financiers !

    N’a-t-il raison alors le terre à terre, businessman TRUMP attentif aux retours d’investissements en constatant simplement que 22 ans de palabres technocratiques milliards à l’appui, ont été stériles ! Où sont-ils passés depuis 22 ans? Rien n’a bougé tout à empiré de tant de gabegies mondialisées, tant orales effectivement, que les yankees du capital en restent bouche-bé !

    Jemaa El Fna des pauvres animaux, parlons-en mais prenons la lorgnette par le bon bout !

    Contre-productif ? Au contraire, ce système est très « productif » mais pas pour les animaux ni pour les citoyens c’est tout ! Qui donc ne voit que cette place est une jungle où pullulent bien d’autres animaux qui eux devraient être en cages? Filières de macaques faisant tout autres pirouettes et cobras aux crocs acérés autrement plus dangereux pour la renommée touristique du Maroc !

    Ainsi si personne n’en sait rien où ne veut le savoir, ne voit rien ou reste aveugle ? Alors allez juger par vous -mêmes !

    Dans la journée, enfilez votre bermuda bobo, retournez votre fausse casquette NIKE et prenez cet air stupide de globe-trotteurs d’asphalte et parcourez la place ! En quelques minutes vous aurez sur le dos, un vendeur d’huile d’argan huile de friture filtrée nescaféïsée, suivra un pseudo blédar avec du miel pur sucre d’ «origine» betteraves , des bijoux anciens argent pur quelque peu fer blanc « anciénisé » etc.. vous verrez la moitié de la place couvert de tabourets en plastique pour peindre vos mains de henné chimique, des vendeurs de couvre chefs Marrakech made in China, des foulards berbères in India, des tapis tazenargh in Pakistan, des foulards sahraoui du Bengladesh etc..etc.. Agglutinés aux bons coins de passage, nos pauvres frères sub-sahariens, bardés de téléphones montres et bijoux de circuits parallèles lucratifs! Ils ont immigré oui mais ils doivent bien se nourrir d’une journée après l’autre et pour les femmes souvent d’une nuit après l’autre! Qui ne le sait pas?

    Posez-leur simplement la question : Qui les y autorise, qui contrôle et comment?

    Dans la nuit, surtout gardez le même air stupide et déambulez furetant d’aventures ? Vous ne resterez pas un quart d’heure sans avoir quelques sourires aguichants surmontant des graisses ondulantes qui croisent sur la gauche, quelques « HASH » vite prononcés sur la droite, puis une voix qui vous propose un truc pédolé olé en Espagnol, une autre voix proposant «my friend» un machin homo mais rien à voir avec la lessive du même nom et autres et autres encore et encore qui vous accompagneront à l’adresse d’un hétéroamam aux massages super-virilisant « pas chers » oui à condition de surveiller votre porte-monnaie resté dans le jean!

    Posez-leur simplement la question : qui les y autorise, qui contrôle et comment?

    Alors SVP ne nous leurrons pas! Inclus dans un « monkey business » généralisé, notre petit singe mago ou notre cobra édenté ne sont là que pour détourner l’attention populaire qui pendant qu’elle pleurniche ne bouge pas, ne voit rien ne dit rien. Que sont ces petites bestioles qui se meurent, que sont ces espèces qui disparaissent ? En fait les hautes sphères technocratiques s’en foutent car elles vous savent muselés!
    Alors tout ce « système » s’étend car il est trop lucratif pour être changé! Il devient……mondialisé!

    Ainsi fait que les venimeux ondulent cachés entre les pierres de réglementations répétitivement déplacées en amont pour conserver l’illusion d’actions législatives qui n’en sont pas. Ainsi en aval un laxisme administratif sur le terrain prend excuse qu’il n’a jamais les moyens législatifs ou matériel pour agir! Et ..et ..et …rien ne bouge! La boucle est bouclée, la cause devient conséquence qui de cause sera conséquence de multiples causes conséquences ad vitam eternam !
    Oui mais les faits alors, ils n’ont besoin de personne justement?
    Si « on » prend son temps pour légalement faire, « on » laisse faire ceux qui font illégalement! Ne serait-ce alors un système justement volontaire? Il faudrait peut-être un jour savoir qui sont ces « on » et s’ils ne sont en fait qu’un seul et unique « on »!

    Alors sur Place Jemaa el Fna , le Maroc responsable ?

    Non il subit le système mondial, armé d’une globale désinformation lucrative ! L’UE est le plus bel exemple de cette gangrène aujourd’hui internationale dont les peuples européens ceux de la Liberté, ne peuvent plus même démocratiquement se débarrasser! Petit exemple de la Place Jemaa El Fna donc, qui illustre le fait que les jeunes Peuples d’Afrique doivent y prendre garde!

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