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‘La tradition’ de la honte

Qu’on soit clair est d’accord sur un point. La place de Jemaa Lefna à Marrakech est un patrimoine Marocain à préserver ! Mieux, à optimiser, à améliorer et à protéger. J’en suis convaincu à 100%.

lefna

C’est la raison pour laquelle la place à été considérée patrimoine mondiale de l’humanité par l’UNESCO. Voici notamment ce qu’on peut lire sur le site officiel de l’organisation:

« Construite XIe siècle, la place Jemaa el-Fna est devenue un symbole de Marrakech et bénéficie d’une protection depuis 1922, au titre de patrimoine artistique du Maroc. Elle offre une concentration unique de traditions, comme les récits des conteurs, la médecine traditionnelle ou diverses formes de divertissements ainsi que d’activités commerciales.

Le projet consiste en ateliers pédagogiques qui ont été organisés dans diverses écoles des alentours de Marrakech. Le travail préparatoire nécessaire à l’archivage et à la création de bases de données a débuté. Des livres et du matériel pédagogique sur cet espace culturel seront publiés et un site Web sera conçu.
Le projet (de sauvegarde) vise à une sensibilisation au sein des écoles ainsi que des communautés, aux niveaux national et international. Il compte aussi faciliter la transmission des connaissances aux jeunes générations et réunir des informations sur les éléments du patrimoine culturel immatériel associés à cet espace culturel.

Située à l’entrée de la Médina, cette place triangulaire entourée de restaurants, d’échoppes et de bâtiments publics est le théâtre quotidien d’activités commerciales et de divertissements. Elle est un point de rencontre pour les habitants de la ville, mais également pour les gens venus d’ailleurs. Tout au long de la journée, et jusque tard dans la nuit, on peut y acheter des fruits, déguster des mets traditionnels et trouver toute une variété de services tels que soins dentaires, médecine traditionnelle, divination, prédication, tatouage au henné ou portage d’eau. On peut également y voir et entendre conteurs, poètes, charmeurs de serpents, musiciens berbères (mazighen), danseurs gnawis et joueurs de senthir (hajhouj). Les expressions orales étaient autrefois continuellement renouvelées par les bardes (imayazen) qui parcouraient les territoires berbères. Aujourd’hui encore, ils mêlent le geste à la parole pour enseigner, divertir et charmer le public. Ils tendent désormais à adapter leur art au monde contemporain en improvisant sur la trame d’un texte ancien, rendant ainsi leurs récits accessibles à un plus large public. La place de Jemaa el-Fna est un lieu majeur d’échanges culturels et bénéficie d’une protection depuis 1922 au titre d’élément »

Si vous lisez cette description vous noterez que la seule allusion à une quelconque exploitation animale se rapporte aux « charmeurs de serpents ». Franchement serait ce une raison suffisante pour tolérer cette exploitation aujourd’hui en l’an 2013 ?

Sinon, aujourd’hui qu’on apprend que toute l’exploitation animale qui s’y est organisé dans l’illégalité et au vu et su de tous va être légalisée par le haut commissariat des eaux et forets, on se retrouve a se poser de sérieux question quand à la manière qu’a cette noble institution (on ne jettera pas le bébé avec l’eau du bain) de gérer la conservation des espèces qui se sont retrouvées comme des bûches au feu, à alimenter « la tradition ».

N’est ce pas le travail du ministère de la culture de se soucier de la culture et de la tradition et celui des eaux et foret de gérer au mieux le patrimoine naturel (animal) des citoyens Marocains ? et pourtant on apprend que le HCEFLCD compte légaliser l’exploitation animale (on ne parle plus que de charmeurs de serpents) sous prétexte de préserver la tradition !

La tradition…

Une tradition qui nous vient d’un moyen âge où pour se divertir, il n’y avait d’autre moyens que d’aller à une place, ou parmi des dizaines « d’attractions » possibles on pouvait, -pour se faire un peu peur tout en ayant la possibilité d’approcher un animal qu’on craint tellement- , visiter l’Aissaoui de service qui fait son show pour quelques pièces…

Aujourd’hui, aux serpents se sont ajouté les singes, les écureuils, les faucons et même les vautours pourvu qu’on arrive à en trouver cher le braconnier, « fournisseur officiel » de la « tradition ».

Quand aux acrobates, aux poètes aux compteurs qui sont l’âme même de la place, c’est eux qui sont devenus menacés d’extinction, vu que très peu de jeunes s’attellent à la -très noble tache- de reprendre le répertoire qui se perd. normal dans un monde de consommation où tout le monde veut tout avoir sans rien faire…

Alors on se rabat sur les pauvres animaux, eux n’ont pas de répertoire ni d’art à maîtriser pour attirer le touriste, qui lui, est toujours piégé pour les mêmes raisons.

La tradition…

Un jour, ma fille qui a quatre ans aujourd’hui, me demandera pourquoi on a plus de singes (entre autres) au Maroc ? Ce jour la, je lui dirai que pour maintenir « la tradition », nous avons opté pour la médiocrité et la facilité. Nous avons cédé à l’idée de tuer la poule aux œufs d’or. Car le jour ou les « gardiens de la tradition », ont consommé le dernier être vivant pour « une poignée de sous », ils sont finalement passé à autre chose, bon grès mal grès.

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A propos O.A

O.A
Founder of Ecologie.ma, Oussama Abaouss is a journalist specialized in the Natural Heritage of Morocco, a teacher of Environmental and Scientific Journalism at ILCS in Rabat, founder of the "tribe of Moroccan ecologists" and a member of the Moroccan Ornithological Group.

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Un commentaire

  1. Avatar

    Au nom de la tradition, bien des pratiques barbares ont été avalisées, d'autres ont été abolies. Il est plus que temps en cette nouvelle année 2014 d'abolir celle-là. Des alternatives sont concevables!

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