Développons le rural, mais ne le dénaturons pas ! (édito)

L’heure est au rural ! Le Maroc semble vouloir amorcer une nouvelle tentative de dynamiser ses campagnes, à même de les transformer de territoires « inutiles », isolés et boudés, en zones attractives disposant d’infrastructures et surtout, relevant avec succès le défi de contribuer à créer de la valeur et de l’emploi.

 

Comment réussir à faire des campagnes, des viviers pour les populations locales où il est possible de créer des opportunités d’emploi et des perspectives de vie digne ? Trouver une réponse satisfaisante et surtout réalisable à cette question est un moyen d’anticiper une façon possible de réaliser l’objectif.

La vision derrière cette nouvelle feuille de route est celle d’un Maroc où les jeunes ne fuient pas leurs campagnes pour s’entasser dans un énième bidonville urbain, mais des territoires ruraux où ils ne songeraient même pas à déménager en ville, car les commodités et possibilités d’évoluer dans un emploi stable et valorisant ne se trouveraient plus exclusivement en métropole.

Il s’agit là d’une vision pertinente et bienvenue, aucune richesse marocaine n’étant équivalente à celle de ses ressources humaines, et de ce fait, ré aiguiller les efforts pour remettre l’humain-rural au sein des préoccupations ne peut qu’être salué.

Le piège de l’agriculture sauvage

Il existe cependant quelques risques non négligeables qui pourraient plomber la dynamique de mise à niveau du monde rural, voire plomber le monde rural tout court si les précautions qui s’imposent ne sont pas prises.

Quand on évoque le fait de vouloir dynamiser les économies du monde rural et d’en autonomiser les habitants, le secteur d’activité de prédilection sera toujours : l’agriculture. Amen dira-t-on, c’est l’activité humaine qui a donné à l’Homme un nouveau statut sur Terre et la possibilité de passer d’une vie d’errance et de privation à une autre de stabilité et de confort. Grâce à l’agriculture l’être humain a pu enfin trouver du temps libre pour évoluer et se civiliser. Notre vie et survie sont intimement lié avec notre capacité à faire de l’agriculture et à optimiser les cadeaux que peut nous faire une terre abreuvée de passion et de travail. Seulement, pour continuer à faire de l’agriculture une issue salvatrice et une activité structurante, il faudra l’envisager sous sa forme « naturelle » et s’éloigner le plus possible de sa forme « sauvagement industrialisée ».

Même l’agriculture peut se transformer en bras armé de la désertification si elle ne fait pas l’effort de préserver l’eau, la biodiversité et les sols. Exercée partout et par tous, l’agriculture qui n’ambitionne pas d’atteindre une suffisance alimentaire mais à fabriquer des produits (composés en majorité de l’eau potable d’un pays aride) destiné à l’export, finira inexorablement par consommer les sols, et ultimement le monde rural lui-même…

Diversifier à l’image d’un Patrimoine divers

Sans agriculture durable et adaptée au territoire, le rural ne pourra pas non plus faire sa révolution. D’autres économies et activités génératrices de revenus et de valeurs et doivent cependant venir contenir cette agriculture en lui donnant une limite raisonnable, et en complétant le spectre des activités locales avec autant d’apports pertinents et adaptés que possible.

Il est surprenant de constater la grande diversité d’activités possibles et même existantes, que les territoires ruraux peuvent receler, devenant ainsi pourvoyeur de divertissements, de découvertes et de Culture, en plus et au-delà de l’agriculture.

A une époque où le commerce et transactions virtuelles battent leur plein, il est aujourd’hui plus facile que jamais de « vendre » une région, sa petite histoire, ses produits de terroir, son offre écotouristique équitable, ses produits d’artisanats mais également, ses atouts et richesses naturelles, géologiques et paléontologiques.

Le Maroc, paradis des ornithologues, botanistes, géologues, paléontologues et autres « ologues », se trompe parfois en se présentant à l’international d’une manière superficielle et incomplète et attire de ce fait des « touristes » adeptes de produits touristiques à leur image. Ne serait-ce pas intéressant de songer à nous présenter différemment pour attirer d’autres catégories ?

N’est-il pas plus intéressant d’attirer des économies et des collectionneurs qui s’approvisionnent actuellement au Maroc d’une manière illégale en leur offrant la possibilité de le faire sur place, d’une manière légale et en faisant profiter les populations d’une manne considérable qui pour l’instant ne bénéficie qu’aux trafiquants et aux corrompus qui leur facilitent le travail ?

Une offre culturelle immersive équitable et écotouristique qui se base sur l’accueil et la bienveillance du marocain, des filières pour former les jeunes à devenir des guides avérés capables de montrer les patrimoines locaux et à les raconter, des filières pour qualifier au tourisme spéléologique, des produits culturels originaux et piquants, des possibilités de faire de l’exploitation légale des minéraux/fossiles des vecteurs de création de richesses, des réflexions pour étudier la possibilité d’impliquer les populations là où c’est possible, dans la prospection paléontologique et anthropologiques de sorte à leur donner des méthodologies pour contribuer à faire avancer la science et non pas à lui soutirer puis brader des pièces importantes pour des raisons bassement mercantiles…

Retrouver une authenticité oubliée

Dans l’idéal, une campagne doit grouiller de vie et d’opportunités. Elle doit être à l’image de ses patrimoines, et doit pour cela les garder. Aires protégées, zones humides et zones de biodiversité doivent donc être jalousement préservés et minutieusement valorisés dans l’identité des régions.

Qui sait ? peut-être qu’un jour, le monde rural marocain permettra par ses seuls atouts à donner une vie digne à ses enfants, une profondeur utile et une proche retraite à un Maroc urbain quasi saturé.

Peut-être qu’un jour, sans abattre les forêts ni vider les océans, on pourra flâner doucement dans un souk coopératif rural pour ensuite visiter le musée local, la bibliothèque multimédia où siègent les startups de la région, croiser un guide et un ornithologue allemand (russe si vous voulez) à la recherche du piaf endémique du coin, voir arriver les collectionneurs de minéraux pour les acquérir légalement et équitablement là où ils ont été trouvés et non pas dans l’arrière-boutique d’un trafiquant…

N’oublions pas que nous avons toujours dû notre salut à notre authenticité et aux richesses de notre terre et de ses populations. Sachons y puiser sans les épuiser, développons le rural mais gare à ne pas le dénaturer.

 

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A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".

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Un commentaire

  1. Le climat n’est que le début de l’impossible course à la croissance et à l’exploitation débridée de la terre et de l’humain.
    Mais la pauvreté ne permet pas l’écologie, et les gouvernements entretiennent le capital via la croissance.
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/
    On brûle 6 Km3 de pétrole chaque année, et la hausse des températures que cela entraîne ne doit pas cacher un autre problème, comment faire vivre 60-90 milliards d’humains dans les 10 siècles à venir, quand on voit comment en 2 siècles, 2-3 milliards d’humains favorisés ont mis la planète.
    Si ce Blog vous interpelle, signez la pétition, et faîtes suivre, car les politiques jouent l’avenir de l’humanité à pile ou face, merci.

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