Les animaux au Maroc sont ils plus maltraités qu’ailleurs ?

Les animaux au Maroc sont ils plus maltraités qu’ailleurs ?

Voila une question dont je suis vraiment curieux de connaitre la réponse.  A voir les histoires qu’on raconte et les photos qu’on partage à longueurs de journées sur le net par les communautés de la cause animale, on pourrait croire que l’enfer des animaux c’est le Maroc et les Marocains.

Ce serait alors une triste chose que nous soyons aussi insensibles chez nous à la souffrance animale. Car voyez vous, ça n’a pas toujours été le cas… Jusqu’au début du siècle dernier, toutes les maisons rurales marocaines hébergeaient toutes sortes d’animaux domestiques qui vivaient en harmonie avec les humains.

En écrivant ces mots, j’ai encore à l’esprit l’image de feu ma grande mère, qui m’a d’ailleurs transmit un peu de sa sensibilité envers les autres êtres vivants et de sa compassion pour leur condition: mon dieu ce qu’elle aimait ses vaches, ses chiens et tous les petits êtres de son royaume. Chacun y avait son nom, sa place et ses égards. Et comme elle, beaucoup de familles vivaient avec une considération toute particulière pour leurs animaux. Une attention et un souci permanent de leur bien être, qui n’a rien à avoir avec l’éventuelle insouciance et brutalité que semblent leur réserver la plupart de nos jours.

Il ne faut pas se tromper non plus, au Maroc les animaux domestiques sont bien sûr exploités pour être des transporteurs, cas des ânes et autres mules, pendant que d’autres sont élevés pour le commerce où pour leurs viandes. On pourrait dire que c’est la nature des choses, et que c’est la loi de la nature telle qu’on la connait depuis des siècles. Certain diront que ce n’est pas digne de l’homme de manger des cadavres, et qu’être végétarien est la bonne solution. Tout reste discutable du moment que l’on respecte les opinions et choix des uns et des autres.

Ce qui est cependant inacceptable, c’est la brutalité et le sadisme gratuit envers ces créatures qui ne peuvent pas parler pour eux même. L’analphabétisme et la frustration de la pauvreté extrême ne sauraient être des passe-droits.

Je crois au plus profond de moi-même que le Maroc n’est pas ce « cauchemar pour animaux » que semble décrire bon nombres d’activistes de la toile. Certes la maltraitance d’animaux y sévit comme elle pourrait sévir ailleurs, mais de la à en faire la capitale… Notons aussi que plus le temps passe, plus apparaissent des groupes et des associations qui travaillent à combler le vide qui existait en la matière.

Il y a cependant au Maroc, « des pratiques » qui expliquent parfaitement la réputation ignoble du royaume quand à la maltraitance animale : le trafic et l’exploitation des animaux sauvages à des fins… »obscures ».

« Le jour n’est, hélas! pas venu où l’extinction d’une espèce vivante sera tenue pour un délit aussi grave que la destruction d’un chef-d’oeuvre artistique. Le fait est d’ailleurs plus grave encore, évidemment, puisqu’on peut reconstruire un monument ou même refaire un tableau, mais qui rappellera à la vie le grand pingouin, le pigeon migrateur, le dodo ou le zèbre quagga? » (Théodore Monod) »
(PHOTO: Jardin d’Eden au Maroc :
Animaux qui ont existé au XXème siècle au Maroc ou existent encore dans ce pays.
Dessin tiré de la revue « Ein Herz für Tiere » et reproduit dans le le livre d’Erika Därr: « Agadir, Marrakesch und Südmarokko », Ed. Reise Know-How, 2005. )

S’il y a vraiment des pervers qui semblent trouver leur bonheur dans le malheur des animaux c’est bien ces délinquants (pour moi ils le sont) qui ont fait de la misère des êtres vivant, un outil de travail et un fond de commerce.

En occupant les places et souks du royaume, et en affichant en publique les animaux qu’ils exploitent pour vivre, ils sont hors la loi. Car voyez vous, le cadre légal existe. Sauf que personne ne semble se soucier de le faire appliquer. Et cet état des faits doit changer avant qu’il ne soit trop tard.

Quand on parle avec monsieur tout le monde a propos de ce sujet, on a souvent les mêmes arguments qui reviennent :

-Le pays a d’autres priorités : l’humain

-Le tourisme à besoin de ce genre de spectacle, ça fait partie de la culture du pays.

-Avant de songer au bien être de ses animaux les décideurs doivent avant songer à l’homme (et donc l’état social des trafiquant contrevenant est plus important que la vie d’animaux menacés d’extinction qui ont la loi de leur coté)

C’est malheureusement ce genre de mentalités qui plombent les efforts et aspirations des personnes soucieuses de la préservation des espèces animales menacées au Maroc.

Ailleurs, la société civile aurait tout bonnement demandé à ce que la loi soit appliquée. Au Maroc ce n’est pas la même chose. En ces temps qui courent ou les agents de l’autorité hésitent à virer un marchant ambulant qui bloque l’accès et la circulation, on pourrait imaginer leur réticence à verbaliser un trafiquant ou un « charmeur de serpent » qui est aussi assimilé à un…marchant ambulant.

Non, au Maroc, pour pouvoir faire quelque chose, il faut y aller avec beaucoup de prudence, et en déconstruisant systématiquement et avec efficacité tout argument qui pourrait laisser croire que la protection animale n’est pas une priorité, et que se soucier du bien être d’un animal équivaut à se moquer de celui de l’humain.

Au Maroc, pour pouvoir faire quelque chose, il faut démontrer que ces animaux sont des richesses communes bradés et dilapidées, que le tourisme n’a pas besoin de ces pratiques médiévales pour tourner: bien au contraire. Il faut convaincre que ce n’est pas une solution de tolérer le gars qui expose singes serpents et rapaces, car il est hors la loi, et que ce faisant, on encourage d’autres à faire la même chose, et de la même, on maintient la demande coté trafic. Les braconniers qui vont capturer ces animaux dans leurs habitat naturel, auront toujours des demandeurs pour leurs « marchandises ».

Alors SVP, la prochaine fois que vous verrez un animal exploité détournez-vous ! Mieux : montrez votre refus de ce genre de pratique. Et dans le meilleurs des cas de figure : dénoncez à la police !

Dans la loi marocaine, la police est parfaitement habilitée à traiter ce genre de délit. Et plus les plaintes officiels s’accumuleront plus nos agents auront d’obligations (et de raisons) de faire appliquer la loi.

En attendant voici une pétition que je vous demande vivement de signer et de partager :

http://www.avaaz.org/fr/petition/Halte_au_trafic_illegal_despeces_protegees/

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A propos O.A

O.A
Founder of Ecologie.ma, Oussama Abaouss is a journalist specialized in the Natural Heritage of Morocco, a teacher of Environmental and Scientific Journalism at ILCS in Rabat, founder of the "tribe of Moroccan ecologists" and a member of the Moroccan Ornithological Group.

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3 commentaires

  1. Avatar

    un peuple dont la majorité est démunie de tout ce qui lui permet de respecter et bien traiter l’être humain, est bien loin d'avoir une culture l'obligeant à traiter convenablement les animaux

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    oui en effet, tout pousse à le croire.sauf que ça n'a pas toujours été le cas, et ce n'est pas une fatalité non plus. on peut très bien donner l'exemple de peuples de ce même genre de conditions mais qui ont des philosophie moins terre à terre et moins anthropocentriste: les Bishnoïs.

  3. Avatar

    Hélas oui, je le crois. Durant les 2 ans que j'ai passé au Marco – Casablanca- j'ai souvent été bouleversée par la détresse animale. Je suis intervenue en risquant de me faire faire du mal, quand je trouvais que la maltraitance était inadmissible. J'ai adoré ce pays mais je ne pourrais pas y retourner car je ne pourrais jamais oublier les souffrances que j'y ai vues. J'ai ramené du Maroc 2 chats qui nous ont donné les plus grandes joies pendant de longues années.Si seulement j'avais pu faire plus.

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