Mieux vaut-il secourir que réintroduire ?

Mieux vaut-il secourir que réintroduire ?…Tout comme il vaut mieux prévenir que guérir.

Il semblerait que nous aillons eu quelques difficultés à nous faire comprendre quand il s’agit d’assister des groupes de Magots dont l’anthropisation, quasiment programmée, date de plusieurs décennies. Pour changer de registre, nous aimerions tenter le dialogue concernant les rares colonies encore sauvages du même Magot et de la même région.
Notre ami Oussama Abaouss ayant eu l’excellente et légitime initiative de créer une page facebook (et un site) exclusivement consacrée à l’écologie marocaine, nous nous permettons donc d’y recourir en l’espoir d’avoir une réponse sur le sujet de la part de tous les Marocains qui aiment la Nature, VOIRE DE CEUX QUI EN ONT LA CHARGE.

magot

 Le Royaume du Maroc a heureusement adhéré à toutes les conventions internationales de sauvegarde des espèces et des espaces en danger, notamment à la Convention de Berne qui classe le Magot ou Macaque de Berbérie (Macaca sylvanus) au rang des espèces en danger (donc dont il faut protéger le territoire. Nous serions curieux de savoir ce qui aurait déjà été effectivement fait en matière de sa protection inhérente à son écosystème. La seule réponse : la création du parc national d’Ifrane est invalidée parle fait qu’un petit million d’herbivores domestiques y est maintenu sur 53000 hectares au nom de la tradition d’usage du sylvopastoralisme.

Tout un chacun sait que les caprins et les ovins ont investi l’entièreté des forêts qui étaient l’habitat originel du Magot (y compris les points d’eau). C’est bien pourquoi ce dernier se trouve repoussé sur les marges de son biotope (bords des routes, aires récréatives de pique-nique et de poubelles…) où il est devenu un sujet de distraction (et de moquerie) pour les visiteurs, jusqu’à être considéré maintenant comme une idée de sortie familiale ou touristique. Les marchands de minéraux et de souvenirs, dont il est le faire-valoir, y trouvent certainement leur compte mais pas l’animal devenu lamentablement dépendant. A ceux qui, voyant ces singes regroupés en ces sites pollués, se laissent à penser qu’il y en aurait bien d’autres à l’intérieur de la forêt, c’est méconnaître ce qu’on appelle le syndrome du Titanic, qui fait que les derniers survivants se regroupent sur l’ultime espace viable. Il en est ainsi des colonies des Magots d’Azrou (route de Midelt et Cèdre Gouraud) des cascades d’Ouzoud et de la vallée de l’Ourika.

Dans une vieille futaie en galerie de la cédraie qui recouvre encore une partie du versant méridional du col du Zad (province de Midelt), survit une très belle colonie de Magots encore sauvages (une cinquantaine d’individus). Celle-ci est menacée par : la proximité de la route nationale, l’intrusion sporadique de troupeaux de moutons, le dépérissement du cèdre avec érosion du sol, la raréfaction de la nourriture. Comme ce secteur contient également des invertébrés endémiques et protégés par Convention, nous (l’entomologiste Tarrier qui n’est pas primatologue) sommes souvent intervenus auprès du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts afin de faire évincer des troupeaux. Ce qui à chaque fois a été judicieusement fait.

NOTRE QUESTION : pourquoi aucun programme durable (avec périmètre inviolable) n’est-il pas envisagé pour assurer la pérennisation de ces Magots avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils subissent les affres qui ont mis à mal leurs voisins d’Azrou ? Il existe quelques autres colonies du même statut (Itzer, Aïn Leuh, autres secteurs d’Azrou…) pour lesquelles il conviendrait d’envisager de pareilles mesures de protection, ainsi qu’est obligé de le faire tout pays s’étant engagé auprès des Conventions internationales de protection des espèces menacées.
Ou alors, faut-il croire que « tout doit disparaître » avant d’être réintroduit, comme il en est du ridiculissime projet de réintroduction du Lion de l’Atlas dans un pays où il ne dispose plus d’aucune proie sinon les gentils moutons du gentil berger. Voire ce qui se passe en France depuis la réintroduction contestée du loup que l’on est maintenant obligé de massacrer pour protéger les gentils moutons du gentil berger. Vous n’êtes pas sans ignorer que la majorité des écosystèmes de la Méditerranée occidentale sont devenus des bergeries et vous connaissez l’histoire du loup dans la bergerie…

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A propos Michel Tarrier

Michel Tarrier
Electron libre de l’entomologie française, « cueilleur-chasseur » d’insectes « renouvelables » depuis ma plus tendre enfance, j'ai consacré l’essentiel de ma vie à ma passion et possède à mon actif la découverte de nombreux Coléoptères et Lépidoptères. Eco-entomologiste spécialiste de la Méditerranée occidentale, particulièrement motivé par la conservation des habitats, c'est en 1992 que je me tourne vers le Maroc, terre de contact, montagneuse, méditerranéenne à influences océanique et saharienne, véritable interface entre les faunes paléarctique et africaine, pays le plus favorisé du biome méditerranéen. En collaboration, d'abord et brièvement avec l’Institut Scientifique de Rabat (Université Mohammed V), puis maintenant et durablement avec le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification, j'explore durant plus de vingt années tous les écosystèmes marocains, ayant déjà consacré plus de trois mille jours aux observations de terrain, avec un million de kilomètres de routes et de pistes parcourues, des milliers de photos, la publication d’innombrables articles scientifiques sur les Lépidoptères de ce pays, ainsi que la gestion d'une banque de données et d'une cartographie complète des Lépidoptères de jour, riche de quelques huit mille références vérifiées et actualisées.

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