Oualidia: une bouteille à la mer (tribune)

Face à la dégradation du patrimoine naturel de Oualidia et de sa région, un autre citoyen lance son alerte, la publication cette fois synthétise les problématiques et identifie les solutions possibles.

Nous relayons le contenu de cette publication dans son intégralité en espérant contribuer à fédérer de bonnes volontés autour de cette préoccupation. Si vous êtes des autorités, des citoyens de Oualidia ou de simple amoureux de la ville et de sa région, cette bouteille à la mer vous concerne, nous espérons que vous y trouverez matière à réflexion voire une motivation pour de réelles actions.

« Ce post est une bouteille à la mer, un cri d’alarme pour une région qui me tient à cœur, à celui de milliers de personnes et aussi (et peut être surtout) qui est d’une importance capitale pour les oiseaux le pays tout entier, Oualidia.

Je ne suis pas spécialiste en médias, communication je pense qu’il faudrait faire des articles, en parler aux associations et journaux internationaux pour que les autorités (en haut lieu) prennent conscience qu’il faut totalement revoir la gestion de ce territoire, dans l’intérêt des habitants à long terme mais aussi de l’écosystème.

Pour en parler, voyons de la région dans son ensemble, entre Sidi Abed et le Cap Beddouza.

Cette portion de côte d’environ 76 km est exceptionnelle à plus d’un titre. Elle comprend 2 lagunes (Sidi Moussa et Oualidia) classée RAMSAR, ainsi que plusieurs zones humides. Il y a aussi de nombreux « saints/marabouts » d’une grande importance culturelle, sociale et même touristique, Sidi Abed, Sidi Daoud, Sidi Mohamed Taik, Sidi Karam Adaif, Sidi Chachkal). Il y a aussi des dizaines de kilomètres de plages encore sauvage mais qui font face depuis plusieurs décennies à un massacre organisé sous le regard complice de certains (vol de sable, carrière sauvage…).On y fait de l’agriculture, on y produit du sel, des huîtres, on y pèche, et elles attirent chaque de plus en plus de touristes.

Voici quelques uns des problèmes dont souffre la région (pas exhaustif)

• Les constructions ne respectant aucune charte architecturale ni le simple bon sens saccagent les paysages (il suffit de voir la portion de route entre et les villages du sud)…une « conurbation » est en train de se former dans l’anarchie la plus totale.

• l’agriculture intensive de tomates qui, loin de permettre un meilleur revenu aux habitants de la région, ne fait que répandre des plastiques noirs et des produits phytosanitaires dangereux dans la nature et les nappes phréatiques.

• Toute cette région au fort potentiel touristique et agricole est en train de sombrer dans la médiocrité à cause des personnes en place car, il faut être clair ceci n’est que la conséquence de choix (ou non choix) des autorités.

• La jeunesse n’a pas réellement de perspectives quand elle n’a pas de terre car les emplois sont rares.

Parlons de Oualidia plus en détails.

Cette lagune est exceptionnelle à plus d’un titre. Classée RAMSAR. Je cite
« Le site se compose essentiellement d’une série de zones humides discontinues séparées de la mer par un cordon dunaire. Le site comprend également la bande marine côtière et sa plage de sable ainsi que le cordon dunaire. Ce complexe est très réputé en tant que site d’escale pour les oiseaux migrateurs côtiers, mais il fait également l’objet de diverses exploitations: agriculture, élevage, ostréiculture, salines, pêche, tourisme. Le site joue un rôle prépondérant dans la recharge de la nappe phréatique et comprend une dizaine de types d’habitats, dont trois grands types de zones humides (lagunes côtières, marais salants et marais d’eau douce/saumâtre). Le complexe est d’une importance majeure pour l’hivernage et le passage de plusieurs espèces d’oiseaux remarquables (menacées ou vulnérables): Marmaronetta angustirostris, Platalea leucorodia, Pluvialis apricaria, Himantopus himantopus et Numenius arquata » source : http://ma.chm-cbd.net/manag_cons/esp_prot/sibe_ma/sibe_lit/falaise-sidi-moussa-l19-

Plusieurs problèmes :

• Une route a été construite dans la lagune sud et est en train de causer son assèchement. De nombreux oiseaux sont morts. Cette route ne mène nulle part et n’a strictement aucun intérêt
• Les quads qui détruisent chaque été un peu plus la forêt située au sud de la petite cité balnéaire
• Des constructions anarchiques qui abîment l’identité de la ville
• Des déchets solides type emballage alimentaire mais aussi de constructions (briques, morceaux de bétons qui jonchent toutes les plages)
• Aucun aménagement de petites gargotes qui laissent chaque été les plages dans un état lamentable, et ça empire d’année en année. Il faut certes que les gens trouvent de quoi vivre, mais que cela se fasse avec une charte et que des sanctions soient prises
• Un Parking construit en détruisent plusieurs milliers carrés de dune (ou est passé le sable d’ailleurs, qui a profité de sa vente ??)

Des solutions existent pour pérenniser et créer des emplois par la jeunesse de cette région :

• Créer une appellation d’origine pour le maraîchage de la région, en aidant les agriculteurs à produire de manière raisonnée tout en leur garantissant un accès aux marchés comme Casablanca, Rabat, Marrakech à des prix supérieurs que ceux de l’agriculture « classique » polluante.
• Arrêter net l’extraction de sable dans la région et mettre en place un contrôle rigoureux.
• Pour les quads, faire des circuits balisés que les guides doivent respecter
• Planter tout le cordon dunaire et sensibiliser les enfants des écoles de la région au respect de leur lieu de vie, on ne respecte que ce que l’on connait et comprend.
• Plutôt que construire, à plusieurs millions DH des avenues aux lampadaires digne de la planète Mars avec le classique alignement de Washingtonia, aménager les routes que le touriste ne voit pas (derrière les « main street »), des terrains de sports (la ville de Oualidia n’a aucun terrain de foot pour la jeunesse !…cela surprendra la population peu habituée à être traitée dignement et ne fera que changer en partie leur perspective par rapport à la chose publique…
• Détruire cette route inutile qui sépare la lagune sud en 2 et l’assèche, causant la mort d’oiseaux migrateurs
• Communiquer pour faire de cette ville un exemple en termes de tourisme responsable et qui profite réellement et de manière durable aux enfants de la région.

etc…un post ne suffit pas à tout énoncer, il faudrait organiser cela… »

  • Mohamed Benata

    Le point focal de Ramsar au Maroc en occurrence La Délégation des Eaux et Forêts et de la lutte contre la désertification, fait preuve d’une inertie étonnante! Au lieu de lancer des prospections et effectuer une enquête pour déterminer la ou les causes de cette mortalité, il s’endort comme si rien ne se passait à Oualidia au moment ou un nombre non négligeable d’oiseaux se meurt.

    • ecoloma

      Selon nos informations, les agents du HCEFLCD sont déjà fait le déplacement avant hier pour faire les prélèvements et constats nécessaires et suivent le dossier des mortalités des oiseaux du marécage sur de près.

      • Mohamed Benata

        Bien entendu il n’ y aura jamais de communiqué pour connaître le point devue de l’Administration.

        • ecoloma

          Plus que le point de vue de l’administration c’est le résultats des analyses que nous souhaiterions connaitre. Nous continuerons à vous transmettre les informations que nous pourrons obtenir à ce sujet. Pour l’instant aucun autre média marocain ne semble se soucier de ce phénomène. :/

          • Mohamed Benata

            Les médias marocains, tant qu’il n y a pas de baqchiche à gagner ne s’intéresseront pas aux questions écologiques. Mais ils découvriront qu’ils seront largement dépassés si nos amis de la société civile locale à Oualidia publieront une vidéo choc qui sera publiée sur la chaîne de YouTube et les réseaux sociaux. C’est une affaire à suivre. Si le point focal reste inactif, nous préparerons cette vidéo avec un communiqué à l’occasion la la prochaine pré-COP de Ramsar au Sénégal pour monter au monde l’état désastreux de nos Zones Humides.

      • Abdellatif Hermak

        Vrai,nous apprenons par ricochet (information sur le site de GOMAC) que le ministère de l’agriculture via l’ONSSA a fait des prélèvements d’oiseaux ; mais des analyses d’eau notamment par le Dpt de l’eau c’est le black-out.
        Ci-après,à titre de partage de l’info, je rapporte les échanges parus sur GOMAC:

        « « Ahmed Benmeryeme Des prélèvements de specimens d‘oiseaux morts ont été opérés par l’ONSSA … on attend les résultats

        « Halima Belaiche merci, donnez nous des nouvelles, et les résultats des analyses, il y’a urgence pour la sauvegarde de ces oiseaux

        « Ahmed Benmeryeme Halima Belaiche dès qu’ils seront disponibles »

  • Abdellatif Hermak

    Bravo pour cette tribune! elle contribuera certainement à faire bouger les choses dans le bon sens, celui d’une exploitation rationnelle des ressources.
    On aurait bien aimé être au courant de ce que prévoit le plan de développement communal pour ces lagunes, et si au moins le bureau d’études qui l’a établi a fait appel à des spécialistes de l’environnement parmi l’équipe de son élaboration. Il doit y avoir aussi un plan provincial (voire même régional) de développement de la région comprenant le complexe lagunaire.
    Généralement les élus locaux sont peu étoffés en ressources humaines pour mener de profondes réflexions de développement; ce dernier doit s’inscrire dans le long terme et l’élu généralement ne vit qu’au jour le jour.

    La société civile est larvaire (et parfois noyautée) pour apporter un contrepoids à la réflexion.

    NB: la tribune cite le Dpt de l’environnement et je suis étonné de l’allégation suivante « Le site joue un rôle prépondérant dans la recharge de la nappe phréatique  » : Une recharge avec des eaux salées exprime plutôt une contamination de la nappe et c’est le cas actuellement pour les sols de toute la Oulja et dont certains sont devenus impropres à l’agriculture.