Pour des lessives biodégradables à l’usage des habitants des montagnes

 

La montagne marocaine est saupoudrée d’innombrables villages encore authentiques où la vie reste claire mais pas les eaux. Pourquoi ? Parce que les femmes qui font leurs lessives dans les cours d’eaux ne disposent que de détergents classiques, toxiques et polluants alors qu’il serait simple et légitime de distribuer, dans les commerces de ces contrées, exclusivement des lessives biodégradables et respectueuses de l’environnement.

C’est ainsi que les eaux sont chargées d’algues de pollution et que les détergents chimiques détruisent la flore et la faunule aquatiques. Sans parler de l’abjecte attitude qui consiste à balancer toutes sortes d’ordures dans ces mêmes torrents et ruisseaux, sans qu’aucune autorité ne s’en inquiète aucunement.

Ces pittoresques villages du bout du monde où se perpétuent une saine agriculture vivrière pourraient être un modèle… Eh bien non, les détergents qui « lavent plus blanc » sont là pour salir et dégrader la qualité des eaux, assassiner les amphibiens, les hydrocanthares et les oiseaux qui s‘en nourrissent, parce que les compagnies multinationales entendent gratter un petit sou, toujours un petit sou de plus sur le dos de la nature et qu’aucun ministère, aucun gouvernement ne songe à leur imposer un quelconque cahier des charges.

Il est urgent d’imposer à ces sociétés le recours à un type de détergent non toxique pour l’environnement, et ce de façon vertueuse, sans la moindre augmentation du prix de vente du paquet de lessive. Au stade actuel, les marques de lessives devraient être inculpées de crime écologique et, sur le modèle pollueur-payeur, devraient être contraintes à la régénération des eaux, soit de dizaines de milliers de cours d’eau montagnards.

C’est tout de même incroyable que les eaux de ces belles régions es hautes terres ne soient pas aussi propres que celles, traitées et rendues potables, des grandes villes des pays nantis !

Quand on voit les paquets vides de détergents qui jonchent ces cours d’eau, il faut surtout s’inquiéter du contenant : une poudre qui lave plus crade que crade, une poudre qui tue. Et que dire alors de la publicité scélérate qui les fait vendre… Il n’y a pas si longtemps, ces gens lavaient leur linge avec un savon de pays type savon de Marseille. Évidemment, ce n’était pas “moderne”.

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Quand on arrive là-haut, dans ces villages authentiques du Haut Atlas, du toit de l’Afrique du Nord à plus de 3000m et qu’on trouve, jusqu’ici, ces nostocs dégueulasses et gluants dans des eaux qui, de toute évidence, se devraient d’être vives et pures, c’est tout de même colère et désespoir…

Ces amas gélatineux sont des cyanobactéries qui témoignent d’eaux polluées par les nitrates (ici effluents d’élevage davantage qu’engrais azotés…) et les phosphates (détergents, lessives…).
Bel impact d’un pastoralisme incontrôlé et de lessives non biodégradables vendues aux dames qui, ici, lavent leur linge dans des torrents et des ruisseaux qui n’en finissent plus de perdre leur flore et leur faunule aquatiques pour devenir les égouts des hautes terres…

Faudra-t-il installer des stations d’épuration dans ces dizaines de milliers de villages berbères ? Ou bien la filière de la viande et les richissimes fabricants de détergents devraient-ils tomber sous le verdict de pollueurs-payeurs ?

En séchant, ces agglomérats de bactéries chlorophylliennes forment des plaques noires d’aspect cartonné, insensibles aux désherbants ou aux biocides classiques… puisque ce sont des bactéries. Il s’agit donc d’une contamination irréversible. Là haut, tout là-haut, si loin de toute anthropie tapageuse, semble-t-il… !

 

Michel Tarrier

 

Photos prises par MT dans la région de l’Azib Tiferguine et l’Assif du même nom, entre Oukaïmeden et Ouhattar, affluent de l’Assif-n-Aït-Iren… qui en aval font l’Ourika.

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A propos Michel Tarrier

Michel Tarrier
Electron libre de l’entomologie française, « cueilleur-chasseur » d’insectes « renouvelables » depuis ma plus tendre enfance, j'ai consacré l’essentiel de ma vie à ma passion et possède à mon actif la découverte de nombreux Coléoptères et Lépidoptères. Eco-entomologiste spécialiste de la Méditerranée occidentale, particulièrement motivé par la conservation des habitats, c'est en 1992 que je me tourne vers le Maroc, terre de contact, montagneuse, méditerranéenne à influences océanique et saharienne, véritable interface entre les faunes paléarctique et africaine, pays le plus favorisé du biome méditerranéen. En collaboration, d'abord et brièvement avec l’Institut Scientifique de Rabat (Université Mohammed V), puis maintenant et durablement avec le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification, j'explore durant plus de vingt années tous les écosystèmes marocains, ayant déjà consacré plus de trois mille jours aux observations de terrain, avec un million de kilomètres de routes et de pistes parcourues, des milliers de photos, la publication d’innombrables articles scientifiques sur les Lépidoptères de ce pays, ainsi que la gestion d'une banque de données et d'une cartographie complète des Lépidoptères de jour, riche de quelques huit mille références vérifiées et actualisées.

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3 commentaires

  1. Avatar

    Oui Michel Tarrier c’est parfaitement exact et vous ne parlez encore que d’une région « civilisée » !
    Dans cet environnement fantastiquement pur que sont les hauteurs de l’Atlas c’est en effet un horrible sentiment de décadence humaine que de voir les eaux polluées d’un douar en amont, suivre le lit de l’oued vers les douars en aval polluant tout crescendo. Sachez qu’ en ces périodes de sécheresse, un mince filet d’eau transporte tout vers le bas et si vous interrogez les habitants 90% persistent encore à croire encore l’eau potable. Bébé femmes enfants tous la boivent et personne ne leur en dit les risques!
    Alors que font nos ONG occidentales? A part dépenser nos impôts dans les villes et réunions bidons ? Rien! Je le vois depuis des années à chacune de mes escapades et c’est de pire en pire ! Ajoutez les prétendues « bonnes âmes» irresponsables, ces pépères à la retraite ou autres qui aident à creuser des puits sans se préoccuper où vont les eaux usées? Comment ne pas voir que les femmes berbères ont tant à faire qu’évidemment elles lavent plus et au plus facile si rien n’est prévu autrement. Leur procurer plus d’eau c’est donner plus de pollution! Un puits sans moyen d’épuration c’est quoi une idée pareille? Qui est là pour autoriser ces inepties? Où sont donc nos « dames patronnesses » de cette féminité jusqu’aux bouts des ongles dont je croirais plutôt jusqu’aux bouts des langues pour seulement jacqueter d’importance à la mode femelle car sur le terrain on ne voit pas une petite culotte. Il est vrai que les « amzghrats » portent elles des culottes, travaillent leur bébé sur le dos et trouvent le temps aussi de chanter! Je ne sais donc pas d’où doit venir l’exemple? Quand ces arlequins retraités et ces mignonnettes bas bleus comprendront-ils enfin que l’Atlas n’est pas un salon parisien!
    Il s’agirait pourtant « pour le moins » en attendant les pluies et le grand nettoyage de permettre un rejet des eaux usées « à coté » du lit principal de l’oued dans une excavation naturelle sablonneuse, une marmite qui souvent existe naturellement. Facile à relever de galets sur place pour en faire un bassin filtre de fortune. Si on y ajoutait des plantes aquatiques filtrantes type graminées « pour le moins » on ferait quelque chose d’utile. De 200 à 300€ par douar et le tour serait joué oui « pour le moins » malheureusement !
    Oui bien sûr, la lessive, Monsieur Tarrier, bien entendu mais le mal est plus terre à terre! Si d’un douar en altitude, par les chaleurs d’aujourd’hui, un bébé est atteint d’une dysenterie d’origine microbienne, un chibani d’hépatite virale ou pire quiconque d’une méningite etc… l’eau actuelle réchauffée qui en descend lentement, peu en mouvement, non ré-oxygénée, non naturellement reconditionnée par manque de brassage, transporte tous ces beaux microbes et consorts surmultipliés allègrement sur les vêtements lavés plus bas qu’on croît « propres ». Il suffit qu’un bébé mette sa manche à la bouche.
    J’ai renoncé individuellement à expliquer ceci totalement à l’encontre d’usages ancestraux millénaires? Ces populations ne sont pas responsables de leur ignorance nous le sommes nous car présumés non ignorants. Le pire analphabétisme est celui de notre manque de réflexion pas de leur manque d’alphabet.
    Je passe mon chemin ma conscience dans mon sac à dos mais d’un pincement au coeur à chaque fois car vous avez raison!
    Désolé c’est ce que je vois. Quiconque honnête doit prendre conscience de sortir de ses « salons » de jactance pour enfin dépenser nos impôts utilement !
    Ce pays amazigh en particulier le mérite.
    Amicalement
    C.PHILIPPE LE BAIL

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