Sensibilisation aux incendies de forêts: y’a l’feu!

Cette année les marocains ont remarqué la disparition du fameux spot de sensibilisation aux risques d’incendies de forêts. Hier, les réseaux sociaux n’ont pas manqué de relever que le spot était de retour…

 

L’incendie de M’dik survenu avant-hier, a surement rappelé qu’il fallait continuer à sensibiliser les citoyens. Alors on sort les mêmes images du même spot avec les mêmes expressions et le même personnage. Le même message de sensibilisation, recyclé depuis plusieurs années déjà.

Si le spot a vécu, c’est qu’il a fonctionné.

Le seul souci, c’est qu’à force de répéter le même message avec la même manière à travers le même canal, on finit bon gré mal gré à rebuter le téléspectateur voire à provoquer un résultat contraire à l’objectif initial. L’année dernière déjà, le spot a été le sujet de dizaines de trolls et de détournements en tout genre. Un groupe pour « brûler la forêt une fois pour toute » a même vu le jour.

Buzz ou bad buzz?

Il y’a quelques années, pendant le ramadan (encore), une marque de jus avait exaspéré par un spot publicitaire jugé déplacé. La marque en question n’en a pas vraiment souffert. L’idée était de faire parler de son produit, et le spot (aussi mal conçu) y’est arrivé. Justement, par son manque de qualité, la pub a fait le buzz. Pour un spot de sensibilisation ce n’est plus le même cas de figure. Il ne s’agit pas là de donner de la visibilité à un produit mais à un message de sensibilisation. L’idée n’est pas de faire parler d’une marque pour vendre, c’est beaucoup plus compliqué, il s’agit là d’un message qui cherche à toucher, expliquer, conscientiser puis à impliquer pour mobiliser un maximum de personnes.

Au lieu de focaliser sur la problématique et des responsabilités collectives que nous avons à contribuer pour limiter le phénomène, on parlera encore et toujours, de l’acteur indéboulonnable de la musique répétitive et des images d’archives qu’on connait par cœur. Alors que l’idée est de sensibiliser par le message, mais aussi par les interactions provoquées par le message. D’où l’intérêt de le renouveler régulièrement.

Pourtant il ne faut pas grand chose pour y arriver: une bonne dose de créativité de fraîcheur et d’innovation. Et franchement, les ressources humaines pour atteindre cet objectif sont disponibles. Avec tout les jeunes talents 2.0 et les collectifs créatifs que compte notre pays, il y’a lieu (et urgence) de faire une opération qui marque, qui ravis et qui soit tout aussi efficace.

Dans un article parut sur Le site de l’association de la forêt et des espaces naturels forestiers méditerranéens, Luc LANGERON de l’Institut pour la protection et la valorisation de la forêt méditerranéenne explique la particularité de problématique de sensibilisation aux incendies de forêts. Quelques extraits :

« Malgré le travail effectué et le dévouement constant des équipes sur le terrain, plusieurs problèmes demeurent :

– des surfaces brûlées en baisse mais un nombre de départs de feux stable ;

– des causes involontaires majoritaires chaque année dans les bilans des incendies ;

– des imprudences qui révèlent des systèmes de pensées très différents d’un individu à l’autre : un acte dont on ne mesure pas la portée, le danger, le risque, un petit accommodement avec sa conscience, un égoïsme très personnel, une insouciance passagère…

Dans ce contexte, la difficulté est que chacun se fait son propre code. Comment donc communiquer pour espérer diminuer sensiblement le nombre d’incendies et faire comprendre que derrière une imprudence, il n’y a pas toujours un incendie, mais que derrière un incendie il y a presque toujours une imprudence, et que l’incendie n’est pas une fatalité face à laquelle rien n’est possible, que chacun peut changer les choses ?

Comment communiquer ?

En matière de communication sur la prévention des incendies de forêt, nous butons sur cinq facteurs déterminants qui influencent directement la portée des campagnes :

– une majorité de personnes qui se sent peu concernée par la forêt, sauf sous le coup de l’émotion devant les images d’incendies. Des adultes qui ne sont pas prompts aux changements de comportements ;

– un manque de réalité et de visibilité de la forêt méditerranéenne ;

– un ensemble foisonnant d’idées reçues qui sont autant de contre-messages comme : les incendies c’est la faute aux pyromanes ! Donc qu’une affaire de répression ou de fatalisme ;

– un manque d’intégration des opérations médiatiques avec l’ensemble des acteurs de la forêt ;

– des campagnes qui ne sont pas toujours lancées sur des échelles et des territoires cohérents.

Les enseignements à retenir

La communication ne se résume pas à des coups médiatiques

La communication est utile et nécessaire et le temps est révolu où l’on opposait volontiers les actions de prévention et de lutte. Communiquer, c’est marteler l’information pour rechercher le maximum de visibilité des messages. C’est aussi multiplier les relais et les supports d’information, ce qui demande beaucoup d’investissements financiers !

Le grand public n’existe pas

Chaque catégorie de causes de départs de feu cache une cible particulière d’imprudents pour lesquels les actions de communication doivent être différenciées. Avant toute action, il est donc déterminant de se mettre d’accord sur les cibles à toucher et les objectifs à atteindre.

Du bon usage des médias et des prescripteurs

Les bonnes campagnes sont celles qui combinent l’utilisation des médias rapides (télévision, radio) qui permettent de mettre en avant le sujet. En matière de prévention il est par ailleurs essentiel d’utiliser le relais des patrouilles afin de faire redescendre l’information et le conseil au plus près des publics ciblés. Il s’agit donc de bien savoir utiliser les prescripteurs et d’établir une étroite collaboration avec les Mairies, les Comités communaux feux de forêt notamment. Plusieurs supports sont donc à préconiser (radio, presse et documents) pour s’assurer du maximum d’efficacité de la circulation de l’information et pour faire varier le développé des messages, les accroches et les angles d’attaque du sujet.

Ce qui est cher ne doit pas être rare

Communiquer suppose de renouveler régulièrement les messages et d’inscrire ces opérations dans une démarche durable et mutualisée. Mettre en commun les moyens est l’occasion de faire des économies d’échelle pour disposer de moyens financiers suffisants pour atteindre des objectifs communs. Agir sur les imprudences, c’est mobiliser tous les acteurs dans une synergie pérenne d’objectifs, de méthodes, de moyens et d’échelles cohérentes pour rompre avec les « mauvaises habitudes ».

(le spot de sensibilisation: https://www.youtube.com/watch?v=WxRl3m3wLFIhttps://www.youtube.com/watch?v=oH49xAbC9gg )

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".
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