Kheyibaba est vert de colère

À moins que Kheyibaba ne s’évanouisse brusquement dans la nature ou que le câble neuf du frein arrière de son vélo ne lâche ou encore qu’on lui coupe les doigts pour ne plus pouvoir écrire et/ou sa langue de péripatéticienne pour ne plus pouvoir médire. Si tels malheurs lui arrivent, sachez que cette affaire y sera pour quelque chose, car à ce qu’il parait, le poisson est gros, très gros…

 

Tout d’abord, Kheyibaba tient à s’excuser pour le retard accusé par ces lignes bien qu’il ait une bonne raison à cela : une maladie paresseuse et une Coupe du monde malencontreuse l’avaient cloué au lit durant 10 jours. Toutefois, le frigo commençait à rendre l’écho, et il fallait bien mettre le nez dehors afin de le remplir. Il se leva enfin, rendit la raison à ses cheveux avec les doigts et s’apprêta à sortir vêtu d’un pyjama fleuri indigne de son sexe et de son âge. Soudain, au moment où il enferma sa folie à double tour, son téléphone tambourina dans sa poche. C’était Oussama, un écologiste pur et dur qui fait avant tout dans la lunette, probablement pour y voir plus clair !

– Allo Kheyibaba, c’est moi. Ça va ?, dit hâtivement l’écolo.

– Salut Oussama. Alors, quoi de 9 ? toujours au vert ?, répondit le flemmard en faisant tomber son trousseau de clés dont la plupart n’ouvraient aucune porte !

– Bien sûr, dans le vert jusqu’à la mort. D’ailleurs, c’est pour ça que je t’appelle. On organise une journée de mobilisation citoyenne pour la Daya de Dar Bouazza. Je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a un gros bonnet qui veut mettre la main sur ce dernier espace naturel de la région pour bâtir dessus un projet immobilier. Tu sais que dans ce sanctuaire d’une biodiversité remarquable vivent des espèces endémiques et d’autres, comme la Sarcelle marbrée, sont classés mondialement vulnérables sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Sans parler des espèces rares comme le Blongios nain, la Talève sultane ou encore la Foulque ca…

– Tu veux que je vienne, c’est ça ?, coupa net Kheyibaba. Ce dernier ne savait rien de tout cela, mais il savait que s’il laissait l’écolo déployer les ailes de sa passion, la conversation risquerait de s’éterniser.

– Oui ! ça serait bien que tu viennes. Plus on est nombreux, plus notre action sera efficace. Et en plus, je te garantis que t’auras de la matière à te mettre sous les crocs pour ta chronique.

– Cette journée est prévue pour quand ?, s’enquit Kheyibaba.

– Pour aujourd’hui.

– À quelle heure ?

– Maintenant.

– C’est un rendez-vous à la marocaine que tu me donnes là. Ok ! J’arrive.

– Tu sais où se trouve la Da…bip bip bip (Kheyibaba avait déjà raccroché).

Kheyibaba n’avait pas vraiment l’âme vert-diarrhée, mais cette invitation tombait à point nommé puisque c’était son anniversaire et qu’il n’avait rien prévu sauf glander et se gratter les bijoux de famille.

Le rendez-vous était peut-être donné à la marocaine, mais sur place c’étaient des Occidentaux qui se mobilisaient, des expats loin de chez eux qui militent pour la préservation de la nature, notre nature ! En effet, mis à part Kheyibaba, Oussama et un docteur en détection de couleuvres ! la trentaine d’individus présents était constituée d’étrangers à la peau blanche et sincèrement inquiète. Alors, une colère verte remonta de ses entrailles pour rougir ses joues creuses. Une ire si violente qu’elle relégua au second plan les 177 espèces d’oiseaux et les 80 espèces de végétales qu’évoquait un ornithologue aux allures d’un prof soucieux de l’avenir incertain de ses élèves. D’autant plus que les Marocains ne manquaient pas sur le lieu. Ils étaient occupés à se barbouiller dans les deux sources de la Daya pour les uns, et à piqueniquer en jetant des quantités incroyables de déchets et de sac plastique (zéro mika, tu parles !) dans la nature. Kheyibaba lapa son irritation avant de dérouler le regard sur les 18 hectares du lac. Le constat était le même en tout lieu : partout les déchets humains – et même de la merde humaine – tenaient la chandelle aux couples de heu… comment disait Oussama déjà ? de Beaugosse nain, de Taverne du sultan et autres merveilles avec 2 ailes. « Bon sang de Bon Dieu, pourquoi les locaux se foutent-ils de la protection de leur espace naturel ? Pis, ils participent à sa disparition.

Justement, le ou les faucons derrière ce projet immobilier qui se profile, ne profitent-ils pas de ce dangereux je-m’en-foutisme local et général ? Bien sûr que si », pensa Kheyibaba. Alors, ni une, ni deux, le chiffonnier de l’info prit la décision de faire cavalier seul et mener l’enquête sur ce mystérieux promoteur qui veut spolier ce qui appartient à tout le monde, et répandre l’odeur de la chierie qui se cache sous cette histoire. Ça sera pour bientôt et dans la rubrique « Personne n’en parle ». À moins que Kheyibaba ne s’évanouisse brusquement dans la nature ou que le câble neuf du frein arrière de son vélo ne lâche ou encore qu’on lui coupe les doigts pour ne plus pouvoir écrire et/ou sa langue de péripatéticienne pour ne plus pouvoir médire. Si tels malheurs lui arrivent, sachez que cette affaire y sera pour quelque chose, car à ce qu’il parait, le poisson est gros, très gros. Kheyibaba espérait presque cette fin héroïque ! Alors rendez-lui et rendez-nous service, zigouillez-le s’il vous plaît. À bon entendeur, salaaamoualikoum.

 

Kheyibaba

En plus de l’écologie Kheyibaba est engagé dans d’autres domaines. Ne manquez pas à lire ses billets et ses péripéties directement sur son site: http://kheyibaba.com.

A propos Kheyibaba

Kheyibaba
À travers ses écrits, ce personnage haut en couleur livre au lecteur une réflexion mordante, tous crocs dehors, sur l’actualité nationale et internationale. Ainsi, les faits sociaux et informations qui, de prime abord, semblent anodins prennent une autre dimension après être soumis à l’analyse décalée mais de bon sens de Kheyibaba. En 15 mots : la chronique de Kheyibaba s’adresse à ceux qui savent lire entre les mots.
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