Réunion de la CICTA: la gestion durable des ressources halieutiques en débat

La 25e réunion ordinaire de la CICTA, qui se tiendra jusqu’au 22 novembre à Marrakech, rassemble tous les représentants de pays qui pêchent en haute mer dans l’océan Atlantique pour examiner plusieurs propositions de mesures ayant pour but de mieux faire obstacle au finning (pêche aux ailerons) des requins dans cet océan et de protéger les requins-taupes bleus de la surpêche.

 

 « Le Maroc a placé le développement durable au cœur des priorités de son action publique et la gestion durable des ressources halieutiques en est l’une des manifestations les plus importantes » a souligné M. Akhannouch dans une allocution lue en son nom par la secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Mme Mbarka Bouaida à l’ouverture de la 25è réunion ordinaire de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés (CICTA).

Un engagement du Maroc pour une gestion durable des ressources maritimes

M. Akhannouch a fait savoir qu’en matière de durabilité, le Maroc a lancé plusieurs projets sous Halieutis tels que le renforcement de la recherche halieutique pour en faire un acteur incontournable dans la formulation d’avis scientifique, ainsi que la gestion des principales pêcheries par le biais de plans d’aménagement contenant un dispositif de mesures axées sur la gestion raisonnable des stocks et de l’activité des navires.

Il s’agit également de la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée à travers l’équipement de la flotte en balises de géolocalisation par satellite et la mise en place d’une procédure informatique de certification des captures, et la création d’une agence dédiée qui a élaboré des plans d’aménagement aquacole le long des 2 façades maritimes.

Le Ministre a également rappelé que lors de la 22e conférence des parties à la convention-cadre des nations unies sur les changements climatiques tenue à Marrakech, « le Maroc a confirmé son engagement en faveur du développement durable et a lancé l’initiative Ceinture Bleue en tant qu’action commune pour le climat et les océans reposant sur la conviction que la pêche et l’aquaculture peuvent devenir un modèle de durabilité en s’appuyant sur les principes de l’économie bleue ».

« Au niveau international, notre pays joue un rôle dynamique au sein des organisations internationales et régionales spécialisées dans la gestion de la pêche maritime et prend part, de façon active, aux travaux de ces instances » poursuit le ministre, précisant que « plusieurs conventions internationales ont été ratifiées et des programmes d’action adoptés, visant à conjuguer croissance, développement durable et solidarité sociale ».

« L’exploitation durable des ressources, le développement d’une pêche performante et de qualité, ainsi que le renforcement de la compétitivité à même de conquérir de nouvelles parts de marché au niveau national et international constituent les trois fondements principaux développés dans le cadre de la stratégie Halieutis ».

L’enjeu de l’augmentation des quotas de pêche du thon rouge

Lors de cet événement seront entre autres décidés les nouveaux quotas de pêche de thon rouge. Après plusieurs années d’efforts consentis pour donner une chance aux populations de thon rouge pour se reconstituer, les ONG et observateurs craignent que les résultats positifs constatés ne poussent les pays de la CICTA à augmenter brutalement les quotas de pêche.

« Après une lutte menée pendant plus de 10 ans pour sauver les thons rouges et gérer durablement le stock menacé, le comité scientifique de la CICTA propose une augmentation du quota de prises jusqu’à 36 000 tonnes d’ici 2020, soit plus du double du quota de 2015, alors même qu’il annonce que le stock n’a pas encore été reconstitué. En parallèle, l’Union européenne suggère d’interrompre prématurément le plan de reconstitution adopté en 2007 et censé se terminer en 2022. Le WWF alerte sur l’impact de cette décision : cela pourrait ouvrir de nouvelles négociations et entraîner une modification des mesures, ce qui mènerait à une gestion moins stricte de la population des thons rouges ».

Le WWF préconise par ailleurs d’établir un quota de 28 000 tonnes de prises d’ici 2020 afin que la population de thons rouges puisse continuer à croître. Pour laisser croître les populations de thons, le WWF appelle à poursuivre les mesures mises en place jusqu’à ce que les scientifiques annoncent la reconstitution totale du stock. 

Thon rouge
Le thon rouge du Nord (Thunnus thynnus), aussi appelé thon rouge de l’Atlantique ou thon rouge de Méditerranée plus au Sud, est l’une des trois espèces de thon rouge avec le thon rouge du Pacifique (Thunnus orientalis) et le thon rouge du Sud (Thunnus maccoyii). Placé tout en haut de la chaîne alimentaire, le thon rouge de l’Atlantique n’a pas de prédateur naturel dans l’océan, si ce n’est l’orque. C’est un “superprédateur” qui occupe une place fondamentale dans le réseau trophique de l’océan et contribue ainsi à la stabilité des écosystèmes. A noter que les thons rouges pêchés au Maroc ne sont pas consommés localement mais entièrement dédiés à l’export

L’enjeu de la protection du requin taupe bleu (Mako)

Parmi les espèces vulnérables concernés par les séances de la réunion ordinaire de la CICTA : le requin taupe bleu. Le PEW Research Center a à ce propos appelé la Commission à appliquer le principe de précaution dans ses recommandations pour les espèces de requins. Selon PEW « les données relatives aux populations de ces espèces sont souvent limitées, ce qui donne lieu à des évaluations incertaines ou peu concluantes. Par conséquent, la Commission devrait mettre en place des mesures de sauvegarde de ces espèces de requins jusqu’à ce que des évaluations fiables de leur population puissent être réalisées.

D’après les résultats de l’évaluation des risques écologiques de 2012, le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus) reste l’un des requins pêchés dans la zone de la Convention les plus vulnérables. Cette espèce se caractérise par une faible productivité et une forte probabilité de capture. Selon l’évaluation des stocks de 2017, le stock du nord fait l’objet d’une surpêche et d’une surexploitation. Bien que les résultats de l’évaluation du stock du sud soient très incertains, la possibilité de surpêche et de surexploitation du stock ne peut être exclue. Même si la pression exercée par la pêche se réduit, le volume du stock reproducteur continuera à décliner pendant de nombreuses années, en raison du grand nombre de juvéniles capturés avant d’arriver à maturité ».

PEW a cependant salué les mesures prises par la Commission pour assurer la remise à l’eau des requins-taupes communs vivants (Lamna nasus) et a encouragé la CICTA à mettre en place des mesures de protection pour cette espèce et d’autres espèces de requins avant qu’elles connaissent un déclin rapide.

Le requin mako ou requin-taupe bleu est un requin appartenant à la même famille que les grands requins blancs. Il est de couleur bleu nuit sur le dessus et blanc en dessous. De forme très hydrodynamique, il a une taille maximale de quatre mètres. Ses fentes branchiales sont particulièrement larges. Ovovivipare avec cannibalisme intra-utérin. De 2 à 21 embryons mesurant 60 cm à la naissance. La gestation durerait deux ans. Ce requin est capable de maintenir une température corporelle supérieure d’environ 10 °C à celle de l’eau, cette particularité couplée à ses larges fentes branchiales lui permet d’atteindre rapidement des vitesses élevées et la faculté de pouvoir faire des bonds hors de l’eau. Crédité d’une vitesse moyenne de 50 km/h, certains auteurs avancent que sa vitesse de pointe serait de l’ordre de 110 km/h, ce qui prouverait que ce requin est capable de faire des bonds de 10 mètres hors de l’eau. Compte tenu de son régime alimentaire cette vitesse lui permet de chasser des poissons pélagiques parmi les plus rapides comme le voilier ou l’espadon. Il peut vivre 25 ans. Ce requin est présent dans les deux façades maritimes du royaume.