Des dents trouvées au Maroc racontent l’extinction des grands reptiles marins

Grâce à une équipe scientifique franco-marocaine et à des fossiles prélevés dans le bassin du Gantour au Maroc, le monde sait désormais pourquoi les grands reptiles marins se sont éteints à la fin du crétacé (66 millions d’années). Pour élucider ce mystère une nouvelle technique scientifique a été employée.

Une étude parue sur Current Biology le 5 juin dernier apporte de nouveaux éléments pour comprendre la disparition des grands reptiles marins. Il y a 66 millions, pendant le phénomène global qui a mené à la disparition des dinosaures sur terre, les mosasaures et autres plésiosaures auraient disparu des océans à cause de diminution du plancton qui nourrissait leurs proies communes!

Pour arriver à élucider le mystère, Jeremy E. Marti, Peggy Vincent, Théo Tacail, Fatima Khaldoune, Essaid Jourani, Nathalie Bardet et Vincent Balter ont transposés au domaine de la biologie une technique habituellement utilisée en géologie. Ils ont analysé le calcium des dents de seize vertébrés marins dans le bassin minier du Gantour, dans la région de Ben guérir.

Les chercheurs affiliés au département géologique de l’office chérifien des phosphates ont répondu à quelques unes de nos questions :

 

Comment cette nouvelle technique d’analyse du calcium des dents fossiles a pu aider à donner une idée du régime alimentaire des grands reptiles ?

Le calcium est un élément facilement disponible et soluble dans l’eau de mer, c’est un élément majeur de la bioapatite, il représente environ 40% de l’émail dentaire. Dans le milieu marin, la composition isotopique du calcium des tissus biologiques minéralisés tels que les os ou les dents permet de reconstruire les régimes alimentaires.

Les valeurs mesurées des isotopes du calcium (δ44/42Ca) relativement homogènes dans l’émail de reptiles marins impliquent que les sources de calcium, c’est-à-dire les proies, quelle que soit leur nature, possédaient une composition comparable d’isotopes du calcium. Ce qui indique une source de calcium commune pour le régime des grands requins et des reptiles marins prédateurs.

On peut en déduire que les grands reptiles marins se nourrissaient des mêmes proies ?

Ces données ne permettent pas de reconnaître le partage des ressources entre les reptiles marins prédateurs, mais, de tels résultats peuvent plutôt refléter une seule source alimentaire, ou au moins différentes sources alimentaires de niveaux trophiques identiques (même position dans la chaîne alimentaire, ndlr), ce qui contraste nettement avec les études antérieures qui ont révélé une diversité impressionnante de guildes trophiques (ensembles d’espèces appartenant à un même groupe taxonomique ou fonctionnel qui exploitent une ressource commune de la même manière en même temps) basées sur les morphologies dentaires des mosasauridés.

Par exemple, la dentition bulbeuse et massive de Globidens (un genre éteint de reptiles marins de la famille des Mosasauridae, ndlr) a été supposée servir à écraser, tandis que les dents coniques et tranchantes d’autres espèces de mosasaures et de plésiosaures élasmosauridés pourraient servir à des fonctions de perforation ou de coupe. Cette divergence apparente s’explique par la structure écosystémique particulière des gisements phosphatés maastrichtiens du Maroc.

Comment les scientifiques ont-ils pu établir qu’il y a eu une disparition du plancton à grande échelle?

La disparition du plancton à grande échelle est liée au grand phénomène qui a abouti à l’extinction massive  d’espèces animales et végétales qui s’est produite sur une courte période de temps il y a 66 millions d’années. Cette crise a causé la disparition d’environ 76 % des espèces marines, dont les ammonites, les bélemnites, le plancton et de nombreux groupes de reptiles marins. Mais de nombreux groupes se sont éteints sur Terre, dont les dinosaures.

La limite  K-T (L’extinction Crétacé-Tertiaire, ndlr) est matérialisée au niveau des sites de son enregistrement dans le domaine marin par  un niveau centimétrique d’argile sombre encadré par des ensembles plus marneux. Ce niveau argileux exprime un arrêt de la sédimentation carbonatée lié à la disparition du plancton marin pourvoyeur en carbonates. De part et d’autre de cette limite, on observe des modifications importantes du contenu fossilifères. Ce changement dans la faune est observé macroscopiquement  in situ (sur place, ndlr) dans les bassins phosphatés marocains : les niveaux maastrichtiens sont particulièrement riches en restes de mosasaures et de plésiosaures, ainsi que les rares espèces de crocodiles, tortues, ptérosaures et dinosaures tandis que les niveaux paléogènes sont riches en nouvelles formes qui ne sont pas connues dans les niveaux maastrichtiens à savoir les mammifères, les oiseaux, les serpents ainsi que les tortues et les crocodiles qui deviennent plus nombreux.

Qu’est ce qui expliquerait à ce jour l’extinction Crétacé-Tertiaire qui a causé la disparition des dinosaures sur notre planète ?

Deux hypothèses sont avancées pour expliquer cette extinction en masse :

– Une catastrophe d’origine cosmique en relation avec la collision de l’astéroïde ayant laissé un impact de cratère à Chicxulub sur la péninsule du Yucatan au Mexique, et prouvée par la quantité anormale d’iridium décelé dans la couche d’argile qui sépare le Crétacé et le Tertiaire.

– L’activité volcanique intense qui a eu lieu au Deccan en Inde.

Ces évènements géologiques auraient provoqué l’émission massive de particules et de gaz dans l’atmosphère et par conséquent auraient réduit la quantité de lumière solaire arrivant au sol, limitant ainsi la photosynthèse…

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".