Les vautours de Jbel Moussa: premières péripéties d’une expérience modèle de conservation

Quelques jours après le lâcher des 5 vautours, les Marocains découvraient stupéfaits des images de jeunes de la ville de Fnideq manipulant/maltraitant un des vautours récemment restitués à la Nature (reconnaissable à sa marque alaire N°M13). Les éléments du HCEFLCD ont tout de suite pris les dispositions nécessaires pour éviter que le cas ne se reproduise dans le futur.

 

 Comment est-ce arrivé ? Répondre à cette question est un premier pas pour trouver les solutions qui s’imposent. Car lâcher des vautours avec l’ambitieux objectif d’en faire une première colonie nicheuse au Maroc, n’est pas une affaire gagnée d’avance. C’est ce qui explique l’utilité des événements improbables qui viennent mettre à l’épreuve un dispositif mis en place, et ainsi permettre de l’améliorer et de l’adapter au mieux à son contexte.

D’où viennent les 5 vautours lâchés?

L’histoire des 5 vautours fauves est simple. Pendant la migration, il arrive parfois que certains individus se blessent ou se fatiguent et se fassent distancier par leur groupe. Chacun des  vautours qui sont libres aujourd’hui, a été retrouvé par des citoyens qui ont fait leur devoir en les remettant aux agents des eaux et forêts.

Dès lors, les vautours ont été transportés au Jardin Zoologique National où ils ont été correctement soignés et pris en charge. Logiquement, après quelque temps, ces vautours devaient revenir à la Nature. Il fallait tôt ou tard les lâcher…

Lâcher 5 vautours : une première étape d’un dispositif plus ambitieux

Cette première expérience de lâcher, est pensée comme le début de la mise en place d’un dispositif que les forestiers autant que les ornithologues veulent régulier et efficace. En clair, l’idée est de créer une dynamique constante. Un genre de circuit balisé qui commence par la récupération d’oiseaux fatigués/blessés pendant la migration, pour les soigner au JZN puis les lâcher à Jbel Moussa dans une plateforme acclimatation où ils seront régulièrement nourris.

À moyen terme, les retombées de ce dispositif ne peuvent que faciliter l’établissement d’une nouvelle colonie dans la région.

Qu’est ce qui s’est passé ?!

À Belyounech comme dans les agglomérations proches de Jbel Moussa, les populations connaissent les vautours fauves et s’en accommodent sans grand souci. Mais quand un juvénile attiré probablement par les petites décharges de Fnideq s’est trouvé en ville, il ne manqua malheureusement pas de vivre une « expérience » de maltraitance. Les jeunes qui n’ont pas l’occasion de voir des oiseaux de ce genre de si près n’ont pas manqué de s’y intéresser… de trop près. Le vautour a sûrement passé le pire quart d’heure de sa vie, passant de main en main pour qu’on se prenne en selfie avec lui, quand on ne lui arrachait tout simplement pas une plume « en souvenir ».

Pourquoi est-ce arrivé ?

Les jeunes qui ont capturé le vautour fauve, disent craindre des attaques de l’animal sur leur basse cour. Ce qui ne saurait être vrai vu que l’animal est un charognard et non un chasseur. La presse locale en couvrant l’événement a aussi démontré une certaine méconnaissance de l’espèce et de son écologie.

Bref, là ou la majorité aurait dû intervenir pour protéger l’oiseau, et expliquer à tous que c’est un migrateur précieux qui n’attaque pas les basse-cours mais qui nettoie la nature de ses charognes, on avait plutôt un ramassis de lyncheurs potentiels.

À noter que cet incident n’aurait aucunement pu avoir lieu dans les autres villages avoisinants Fnideq car les populations dans ces lieux, connaissent les vautours fauves ainsi que leur utilité dans la nature.

Quelle réaction du HCEFLCD ?     

Voici la réponse du HCEFLCD telle que nous l’avons reçu :

Suite au regrettable événement parvenu le 11/02/2017, consistant à la capture d’un des 5 vautours fauves, relâchés par le HCEFLCD le 07/02/2017, à l’occasion de la célébration de la journée mondiale des zones humides, par des jeunes de la région de Fnideq, le HCEFLCD a procédé les dispositions suivantes :

  1. L’ouverture d’une enquête par Mr. le Procureur Général du Roi, à la suite d’une requête formulée par le DPEFLCD de Tétouan, pour mener les investigations sur les circonstances de cet incident, identifier les responsables et pour prendre les mesures juridiques nécessaires selon la réglementation en vigueur (la loi 29/05) ;
  2. La récupération et la prise en charge de l’oiseau en question, qui a été identifié avec la marque alaire N°M13, qui a été soigné immédiatement par les agents forestiers et les membres du GREPOM-Birdlife puis relâché au niveau de Jbel Moussa après son rétablissement (cf.photo) ;
  3. Le protocole de suivi post-lâcher se poursuit convenablement, avec le GREPOM-Birdlife qui assure le suivi de l’émancipation de ces oiseaux dans la nature, et le HCEFLCD -ainsi que ses relais sur place- assurant la supplémentation alimentaire pendant la phase d’adaptation ;
  4. Un programme de vulgarisation et de sensibilisation sur l’importance de ces actions de réintroduction a été entamé par la DPEFLCD, au profit des populations des agglomérations avoisinantes ;

Happy-end pour les vautours…

Plus de peur que de mal donc. Si le vautour a pu se reposer un peu du sale quart d’heure qu’il a passé, pour ceux qui le lui ont fait subir, le sale quart d’heure ne fait que commencer: tous seront poursuivi pour les faits dont ils se sont rendu coupables

Le vautour N°M13 qui a le plus été malmené commence à faire preuve d’une amélioration de son état. Ci après une photo de lui dans les prairies de Jbel Moussa où il vit à présent. Comme les jeunes de Fnideq qui sont en train de découvrir qu’il faut laisser tranquille un vautour qui descend dans leur ville, notre N°M13 a sûrement appris qu’’il était trop risqué d’aller trop près des grandes agglomérations, même si les odeurs y sont intéressantes…

Une petite crise traitée sans gros dégâts, mais dont les enseignements aideront à coup sûr le projet à s’améliorer sur tous les plans. D’ici là, notre N°M13 a retrouvé les joies de la liberté, en attendant de découvrir plus d’endroits, il sait au moins où ne plus se hasarder…

Photos : Rachid Khamlichi

A propos O.A

O.A
Fondateur d'Ecologie.ma, Oussama Abaouss est un journaliste spécialisé dans le patrimoine naturel du Maroc. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches des Écologistes Sahariens (GERES), et du GOMAC (Groupe Ornithologique du Maroc), il est également fondateur de "la tribu des écolos du Maroc".
  • المفروض من مندوبية المياه و الغابات ان يكونو متاكدين من صحة و جاهزية هذه العقبان على التاقلم و قدرتهم على الطيران قبل اطلاقها في البرية

    • c’est le cas. aprés y a des impondérables. comme le fait que le plus jeune vautour ait trop approché la ville…