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Vers une légalisation de l’exposition d’espèces protégées sur la place Jemaâ El Fna ?

Le Haut-Commissariat aux Eaux et forêts travaillent actuellement à la légalisation des activités des « charmeurs » à la place Jemaâ el Fna, qui exposent souvent illégalement des espèces protégées. Selon l’institution, cette orientation est légitime car la pratique fait partie de la culture marocaine. Les défenseurs de la cause environnementale dénoncent une « solution de facilité » au moment où une profonde crise écologique frappe le monde entier.

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Sur la célèbre place Jemaâ el Fna à Marrakech, il est chose commune de voir des serpents, singes, et plusieurs autres espèces d’animaux. Pourtant l’acquisition, la possession et l’exploitation de ces types particuliers d’animaux sont régis par la loi. La situation est fortement dénoncée par la communauté scientifique au Maroc. Celle-ci a d’ailleurs dénoncé à maintes reprises le « laxisme » du Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts [HCEF] face à cette réalité « dérangeante ».

« Il n’y a pas de laxisme de notre part », déclare à Yabiladi Mohamed Essaidi, chef de Service de la Chasse et de Promotion de la Cynégétique au Haut-Commissariat. « On est face à une réalité. Ce sont des pratiques très anciennes ancrées dans les mœurs locales », déclare-t-il, donnant l’exemple « des peuples qui utilisent le faucon pour la chasse ». Selon lui, le HCEF ne peut agir sur la question de la chasse car l’arrêté relatif à la loi protégeant ces espèces « est encore au Secrétariat général du gouvernement en attente de publication au Bulettin officiel ».

Exposition d’espèces protégées

La question reslative aux expositions d’espèces protégées sur la place Jemaâ el Fna a été soulevée par certains intervenants lors du Conseil supérieur de la chasse, nous fait savoir M. Essaidi. « Des discussions sont en cours avec les gens qui tiennent ces espèces pour trouver un compromis afin de maintenir l’activité, sans toutefois nuire aux animaux », explique le responsable. Il s’agit de « légaliser leur activité sans mettre en péril la pérennité des espèces. Des conditions de détention seront bien entendu émises », ajoute-t-il sans donner de précisions.

Mais une telle orientation n’accentuera-t-elle pas le braconnage de ces espèces ? M. Essaidi estime qu’ « il y aura toujours des gens qui dévierons ». Pour lui, l’activité mérite d’être légalisée, d’autant que « la place fait quand même partie du patrimoine mondial de l’Unesco ».

Du côté des défenseurs de la cause environnementale, la nouvelle sonne très mal. « Avec tout le respect que j’ai pour les Eaux et Forêts, il ne s’agit là que d’une solution de facilité », lance Oussama Abaouss, fondateur du site Ecologie.ma. Pour lui, « rien ne justifie » cette légalisation. « Le pays a certes des pratiques folkloriques, mais légaliser cela pour attirer d’avantage de touristes ne servira qu’à maintenir une mauvaise image du Maroc. De plus, cela va à l’encontre de la noble mission du Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts », dit-il citant l’exemple de l’Inde où bien que les charmeurs de serpent fassent partie de la culture locale, les autorités ont tout de même interdit ces pratiques. « Pourquoi ce ne peut être le cas au Maroc ? », s’interroge M. Abaouss.

Le Maroc, une exception culturelle ?

Outre l’exemple de l’Inde, les écologistes citent celui de l’Espagne voisine. « Les spectacles de singes qu’il y avait à Barcelone ont été abolis. Le Maroc semble être une exception culturelle », regrette Michel Aymerech, naturaliste français, photographe et auteur animalier. Né au Maroc, il connait bien les richesses animalières du royaume sur lesquelles il a d’ailleurs publié deux ouvrages. D’après lui, il est anormal de maintenir des traditions au moment où une profonde crise écologique gagne le monde entier. « Les espèces disparaissent de plus en plus. Cela veut dire qu’une page doit être tournée ». Et M. Abaouss d’ajouter : « Si une espèce n’était présente qu’au Maroc, à cette allure soyons en sûre, elle finira par ne plus exister ».

M. Aymerech estime que les Eaux et forêts devraient comprendre une chose : la légalisation de l’activité des charmeurs à la place Jemaâ el Fna n’attirera pas forcément plus de touristes. « Il y a des gens qui n’ont plus envie de retourner à Marrakech à cause de ces pratiques. Au lieu de chercher à préserver ce spectacle moyenâgeux, on pourrait en faire un moderne avec toutes les conditions qui s’imposent », propose-t-il. Son idée est d’aménager un espace qui abriterait ces animaux selon les normes internationales en vigueur, que les touristes pourrait visiter à des heures précisent moyennant des frais. Et plusieurs activités lucratives pourraient y être accessoirement affiliées, au bénéfice de toute la commauté en tout respect des animaux.

Si la légalisation se fait sans cette touche de modernisation, de respect envers ces espèces, les retombées risquent d’être négatives. Surtout que, les personnes qui s’adonnent à ces activités sont « non formées et appartiennent à des sphères non initiées ». « Pour moi, c’est une manière d’encourager le braconnage », tranche-t-il. Un fléau pourtant très répandu dont les effets se manifestent au-delà des frontières marocaines.

Yabiladi

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